Cercle répétiteur

Cercle répétiteur dont la particularité est d'avoir deux lunettes, d'Étienne Lenoir, le constructeur, 1805. Exposé au Musée des arts et métiers.

Un cercle répétiteur est un ancien instrument de mesure angulaire employé en géodésie à partir de la fin du XVIIIe siècle. Il permet de mesurer des distances angulaires en répétant plusieurs fois la même observation sur le cercle sans revenir au zéro ; ainsi les erreurs de lecture et de graduation du limbe sont-elles divisées par le nombre d'observations.

L'instrument a succédé avantageusement au quart de cercle mobile plus encombrant et moins précis. Inventé par Jean-Charles de Borda et Étienne Lenoir, à partir de la particularité du cercle de réflexion, sa renommée sera acquise par son utilisation dans des campagnes de triangulation célèbres comme la détermination de la méridienne de France par Delambre et Méchain qui a conduit à la définition du mètre.

Plus tard, au cours du XIXe siècle, il sera remplacé par le cercle azimutal.

Description

Pour l'essentiel, le cercle répétiteur est constitué :

Exploitation

Principe d'utilisation du cercle répétiteur.

Soit à mesurer un angle α entre deux points visés[2].

Principe d'utilisation, Cassini IV, 1789.

Aligner l'instrument pour que son plan d'utilisation passe par les 2 points visés et diriger chaque lunette sur un point (la lunette supérieure (grise) étant amenée sur la graduation 0 du limbe), puis :

  1. verrouiller les deux lunettes en position sur le cercle ;
  2. faire tourner l'ensemble « cercle et lunettes » pour viser le point de droite avec la lunette inférieure (noire), remarquez le déplacement du point 0 du limbe ;
  3. déverrouiller la lunette supérieure grise et lui faire viser le point de gauche.

À ce stade, on peut mesurer l'angle double 2α.
Si on répète deux fois le processus précédent on obtiendra l'angle quadruple 4α[N 2].
La répétition des opérations peut se poursuivre, à la convenance de l'opérateur. Le résultat final du cumul des « mesures » de l'angle sera alors divisé par le nombre d'itération. Plus il y aura de répétitions, plus le résultat sera exact. Cassini IV écrit : « ce nouvel instrument est propre à donner la mesure des angles, à la précision d'une seconde[3]. »

Exactitude

Le cercle décrit dans l'Exposé des opérations faites en France en 1787 pour la jonction des observatoires de Paris et de Greenwich[4] comporte un limbe gradué dans sa partie supérieure. Pour la lecture des mesures, il existe quatre verniers munis de microscopes à 90° dont la résolution est de 30", mais d'après l'auteur l'opérateur peut apprécier 8". En effectuant la mesure de six angles doubles, parfois de dix, le résultat peut être connu à la seconde de degré près[5].

Plus tard, lors de la mesure de la méridienne de Delambre et Méchain, en 1798, la statistique de 115 triangles donne une incertitude de ± 4" pour la fermeture d'un triangle[N 3], soit une incertitude de ± 2,3" par angle. Pour la mesure des latitudes en différentes stations, la dispersion ne dépasse guère 6"[6].

Histoire

Cercle d'Étienne Lenoir, le constructeur, 1790.

En 1771, Jean-Charles de Borda utilise le cercle de réflexion créé par Tobias Mayer et le perfectionne. Son cercle sera réalisé par des Anglais puis par Étienne Lenoir à partir de 1783. Ce dernier, s'inspirant de la particularité de répétition du cercle de réflexion, a alors l'idée d'un nouveau cercle à deux lunettes pour usage géodésique. En 1784, de l'association Borda-Lenoir naîtra alors le cercle répétiteur supplantant le quart de cercle mobile qui avait été l'instrument privilégié des géodésiens depuis l'époque de Jean Picard, en 1668[7].

Ce nouvel instrument  qui s'appelait à l'époque « cercle astronomique »  sera alors utilisé dans les campagnes géodésiques françaises ; en voici quelques-unes :

Devenir

Le successeur du cercle répétiteur : le cercle azimutal.

Le cercle répétiteur sera employé jusqu'au milieu du XIXe siècle :

Les cercles répétiteurs n'étaient pas sans défauts :

C'est en partie pour toutes ces raisons que le cercle azimutal supplantera le cercle répétiteur[14].

Évocation

En 1872, Jules Verne publie un roman d'aventures, Aventures de trois Russes et de trois Anglais dans l'Afrique australe. Dans ce livre, les six savants ont pour mission de mesurer un arc de méridien. On peut y découvrir au fil des pages l'utilisation du cercle répétiteur ; Jules Verne a pris ses renseignements dans l'Astronomie populaire d'Arago[N 4].

Le musée colonial de Marseille en possède un rare exemplaire[15].

Notes et références

Notes

  1. Le diamètre du cercle pouvait varier entre 32 et 50 cm et le limbe était gradué en degrés sexagésimaux ou en grades suivant l'époque.
  2. Seul le limbe supérieur est gradué, c'est donc la position de la lunette supérieure qui permet de mesurer des angles.
  3. Dans la géométrie d'un triangle-plan, la somme des trois angles vaut 180° ; les écarts de mesure sur la somme des trois angles mesurés permettent de calculer l'incertitude donnée ici à ± 2 écarts-types.
  4. Cette dernière information est de Suzanne Débarbat, auteure d'un texte sur le cercle répétiteur cité comme lien externe.

Références

  1. Dans l'ordre chronologique : Jean-Dominique Cassini 1789, p. 23-27 ; Delambre 1807, p. 160… ; François Arago 1865, p. 260… abrège et complète Delambre.
  2. Jean-Dominique Cassini 1789, p. 28-33 ; Delambre 1807, p. 165, pour les vérifications préliminaires ; François Arago 1865, p. 275-289, pour la description claire du processus.
  3. Jean-Dominique Cassini 1789, page de titre et 34-37..
  4. Jean-Dominique Cassini (1748-1845), Pierre Méchain (1744-1804) et Adrien-Marie Legendre (1752-1833), Exposé des opérations faites en France, en 1787, pour la jonction des observatoires de Paris et de Greenwich ; par MM. Cassini, Méchain et Le Gendre,... Description et usage d'un nouvel instrument propre à donner la mesure des angles, à la précision d'une seconde, Paris, impr. de l'Institution des sourds-muets, après 1790, 94 p. (lire en ligne).
  5. Jean-Dominique Cassini 1789, p. 34.
  6. Maurice Daumas 1953, p. 64.
  7. Maurice Daumas 1953, p. 243, notes 2 et 3..
  8. Frédéric de Bissy 1796, p. 361..
  9. Maurice Daumas 1953, p. 243-244, note 3..
  10. Delambre 1807, p. 160
  11. Frédéric de Bissy 1796, p. 362..
  12. Maurice Daumas 1953, p. 243-247..
  13. « Voir un cercle azimutal »(Archive.orgWikiwixGoogleQue faire ?), sur cnes-observatoire.net (consulté en ).
  14. J.J. Levallois 1992, p. 131-132..
  15. Bruno Vila, « Compte-rendu du Workshop “Le Musée et l'Institut Colonial de Marseille : Contenus matériels et mémoires collectives – Utilisations passées et actuelles” – 13 septembre 2019 – Université d'Aix-Marseille St-Charles – Marseille », sur tresoramu.hypotheses.org, (consulté en ).

Annexes

Bibliographie

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Articles connexes

Cercle de réflexion (instrument)

Liens externes

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