Le bilan radiatif de la Terre est l'inventaire de l'énergie reçue et perdue par le système climatique de la Terre, sol-atmosphère-océans.
L'apport d'énergie provient principalement du Soleil, celle produite à l'intérieur de la Terre représentant à peine 0,01 % de l'énergie totale reçue par la surface de la Terre. On parle ainsi de bilan radiatif car l'énergie thermique entrant dans le système Terre provient principalement du rayonnement solaire. Le rayonnement solaire reçu par les couches les plus élevées de l'atmosphère, ou constante solaire, est d'environ 340 W/m2 en moyenne annuelle. Le Soleil étant une étoile de type G2, son spectre d'émission s'étend de 0,2 à 4 micromètres, c'est-à-dire de l'ultraviolet à l'infrarouge en passant par le visible.

La puissance totale entrant dans le système sol-atmosphère-océan est estimée à 174 pétawatts (PW). Ce flux est composé de :
L'essentiel de l'énergie reçue provient donc du Soleil[note 2].

Le bilan énergétique de la Terre est quasiment équilibré, c'est-à-dire que la quantité d'énergie absorbée par le « système » que constitue la planète est égale à la quantité d'énergie réémise, si bien que la température moyenne est presque constante. La principale origine des changements de l'énergie terrestre est la modification de la composition de l'atmosphère due à l'activité humaine[5], qui représente environ 460 TW, soit en moyenne 0,90 ± 0,15 W/m2.
D'une manière générale, les transferts de quantité de chaleur dans la nature sont essentiellement fondés sur quatre phénomènes :
De ces quatre formes de transfert, seul le premier permet de transférer de la chaleur à travers le vide interplanétaire. C'est pourquoi le « bilan énergétique » de la planète, à ce niveau global, se confond avec son « bilan radiatif ». Plus précisément, le rayonnement reçu par la Terre (essentiellement solaire) est globalement réémis vers l'espace. Le bilan global est cependant légèrement positif, du fait de la chaleur issue de la Terre elle-même, modifiée par la chaleur dégagée ou absorbée par les océans[4], sur des temps de l'ordre du millénaire.
En pratique, entre l'émission entrante et l'émission sortante, le flux énergétique suit des mécanismes de transfert variés entre les différents « compartiments » que représentent l'espace, l'atmosphère, la surface terrestre et les masses océaniques.
Par commodité, pour l'analyse des échanges entre ces compartiments, on ne considère que les transferts verticaux moyennés sur la surface du globe, et on ramène ces flux thermiques globaux (mesurés en watts) à des flux par unités de surface (en watt par mètre carré). De plus, pour l'analyse qualitative, on considère que la surface océanique et la surface terrestre forment un seul et même compartiment.
Les valeurs des flux entre ces compartiments sont approximatives et varient fortement d'une source à l'autre. Pour simplifier l'exposé, les valeurs ci-après sont légèrement arrondies.
Le bilan des transferts thermiques pour la Terre (ensemble formé par l'atmosphère et la surface), résumé dans le tableau ci-dessous, est pratiquement à l'équilibre.
| Énergie solaire entrante | Énergie sortante (vers l'espace) sous forme de rayonnement infrarouge | ||
|---|---|---|---|
| Composante | Valeur | Composante | Valeur |
| Rayonnement solaire incident | 340,4 | Émission par l'atmosphère | 169,9 |
| Réflexion par l'atmosphère et les nuages | -77 | Émission par les nuages | 29,9 |
| Réflexion par la surface | -22,9 | Émission par le sol | 40,1 |
| Total | 240,5 | Total | 239,9 |
| Absorbé par la surface | 0,6 (==> 1 en 2019) | ||
Le rayonnement solaire incident, estimé à 340 W m−2, se présente uniquement sous forme de rayonnement électromagnétique. Le transfert d'énergie qui en résulte se répartit en[9] :
Ce qui n'est pas réfléchi (donc 240 W m−2) est converti sous une autre forme d'énergie, soit en énergie thermique (chaleur), soit en énergie mécanique (mouvements du vent et de la houle), soit consommé par un changement d'état endothermique (vaporisation, fusion, sublimation, ionisation), soit stocké sous forme d'énergie chimique potentielle (ex. : photosynthèse), etc.

Près des deux-tiers de l'énergie solaire qui n'est pas directement réfléchie arrive à la surface terrestre et chauffe directement le sol. La température du sol montant, à l'équilibre, une partie de cette énergie va contribuer à réchauffer la basse atmosphère, à travers deux mécanismes :
En retour, la basse couche d'atmosphère chauffée émet également un rayonnement thermique, mais cette couche est (en moyenne, pour l'ensemble du globe) plus froide que le sol lui-même. L'émission calculée du sol vers l'atmosphère (360 W m−2) est de ce fait plus forte que celle de la basse couche atmosphérique vers le sol (340 W m−2), conduisant à un transfert net du sol vers l'atmosphère par rayonnement (de l'ordre de 20 W m−2).
Pour mémoire, la surface terrestre est composée à 70 % d'océans. Une partie de l'énergie reçue entraîne la circulation thermohaline, qui a pour effet net de transférer une partie de cette énergie vers des latitudes plus élevées (sans effet sur le bilan énergétique de la surface). Une autre partie de l'énergie reçue (82 W m−2) est absorbée par l'évaporation de l'eau et est également transférée vers l'atmosphère.
La surface terrestre reçoit donc au total 500 W m−2 répartis comme suit[9] :
Ces 500 W m−2 sont restitués comme suit :
Potentiellement, l'émission globale du sol en infra-rouges serait donc de l'ordre de 400 W m−2, dont une petite fraction seulement (10 %) peut s'échapper dans l'espace, le reste étant bloqué par les gaz à effet de serre.
Le rayonnement infrarouge de l'atmosphère vers le sol est qualifié de « back radiation » dans la littérature du GIEC, parce que si le sol, à une température effective de 17 °C, émet théoriquement un flux de 400 W m−2, il faut modéliser un flux inverse vers le bas pour représenter la part de radiation qui est « restituée » au sol par l'atmosphère, parce qu'elle est arrêtée par les gaz à effet de serre qui lui sont opaques. Physiquement, cependant, les échanges entre sol et atmosphère ne s'analysent pas comme un flux de radiations à deux sens, mais comme un flux simple d’énergie de 20 W m−2 du sol vers l'atmosphère.[note 3]
Le bilan des transferts nets pour la surface terrestre est à l'équilibre. Celle-ci reçoit 160 W m−2 du rayonnement solaire, essentiellement sous forme de lumière visible, et les restitue alors comme suit :
L'atmosphère reçoit 540 W m−2 répartis comme suit[9] :
Ces 540 W m−2 sont réémis ainsi :
L'atmosphère est globalement opaque aux rayonnements infra-rouges, du fait des gaz à effet de serre. De ce fait, alors que la plus grosse partie de la chaleur reçue l'est au niveau du sol, dans les basses couches atmosphériques (pour un total de 120 W/m²), l'essentiel de la réémission (200 W/m2) se situe dans la haute atmosphère, à une altitude suffisante pour que le reste d'atmosphère soit suffisamment ténu pour ne plus être trop opaque à ces rayonnements. Contrairement à la surface du sol, l'atmosphère ne se réduit pas à une surface qui émet ou reçoit de la chaleur, mais s'étend en épaisseur, et doit donc assurer un transfert d'énergie entre les basses couches et les hautes couches. Sur les quatre phénomènes qui permettent des transferts de quantité de chaleur :
L'essentiel du transfert thermique est donc directement ou indirectement dû à des cellules de convection, qui peuvent se manifester à échelle continentale (cellules de Hadley), régionale (ouragans et cyclones) ou locale (cellule d'orage). L'air chaud et humide, moins dense que son équivalent froid, finit toujours par s'élever ; l'humidité emportée se condense et retombe sous forme de pluie froide, libérant sa chaleur latente qui va chauffer à nouveau la masse d'air, laquelle peut continuer son ascension sous forme d'air sec ; et l'air sec arrive finalement à une altitude où il peut rayonner vers l'espace, ceci d'autant plus facilement qu'il n'est plus chargé d'eau, le principal gaz à effet de serre.
L'espace reçoit 340 W m−2 répartis comme suit :
La loi de Stefan-Boltzmann permet de déterminer la température d'un tel corps à partir de la quantité de rayonnement qu'il émet, et inversement, selon la formule :
avec :
La Terre n'étant pas à petite échelle et à court terme en équilibre thermique, la définition d'une température moyenne de la Terre nécessite de la considérer dans sa globalité et à long terme. Il est possible d'attribuer à la surface terrestre une température moyenne théorique en assimilant la Terre à un corps noir. C'est une température théorique radiative de la surface terrestre, appelée « température effective »[12],[13]. Dans ce modèle simplifié, la température effective n'est que la transcription en kelvins d'une émission moyenne d'énergie, sur la globalité de la Terre, sans tenir compte des disparités[note 4] de température locale entre les pôles et l'équateur, ou selon les saisons.
Pour une température moyenne estimée de l'ordre de +17 °C au niveau du sol, la formule donne un flux radiatif de M = 400 W m−2 (on aurait 3 900 W m−2 pour +157 °C). De son côté, l'énergie absorbée par la Terre dans son ensemble et transformée en chaleur représente de l'ordre de 240 W m−2, ce qui, pour une émission de corps noir, correspond à une température théorique de −18 °C (−19 °C pour 235 W m−2).
Cette différence de température de 36 °C correspond à l'effet de serre, dû à ce que le rayonnement infra-rouge du sol ne s'échappe pas librement dans l'espace, mais est largement bloqué dans l'atmosphère par les gaz à effet de serre qui y sont opaques. D'origine naturelle, il réchauffe donc la surface terrestre, les deux tiers du réchauffement étant attribués à la vapeur d'eau dans l'atmosphère et un dernier tiers au CO2[14],[15]. D'autre part, la différence entre la puissance théoriquement émise par la surface terrestre et la puissance effectivement émise vers l'espace, à savoir 160 W m−2, porte le nom de forçage radiatif provoqué par ces gaz à effet de serre.
La notion de température effective est parfois critiquée par les climatosceptique pour contester les ordres de grandeur d'évolution de la température moyenne globale de la Terre exploitant des modèles radiatifs[16]. Ces travaux tentant de relier l'émission radiative à une température moyenne ont suscité de nombreuses critiques[17]. Deux points sont très critiquables :

L'effet de serre résulte directement du caractère transparent ou opaque de l'atmosphère en fonction des longueurs d'onde infrarouge.
D'une manière générale, les corps chauds émettent des rayonnements électromagnétiques, mais le rayonnement du corps noir est un maximum théorique, qui ne peut être atteint que pour un corps qui absorbe parfaitement tous les rayonnements électromagnétiques (et donc, qui apparaît totalement noir à la lumière). Pour un corps quelconque, la loi du rayonnement de Kirchhoff implique que l'émissivité est égale à l'absorptivité : un corps ne peut rayonner que sur des fréquences qu'il est capable d'absorber, donc pour lesquelles il n'est ni transparent, ni réfléchissant. En particulier, les gaz ne peuvent émettre que sur des fréquences qu'ils absorbent, donc pour lesquelles ils sont plus ou moins opaques.
L'opacité plus ou moins grande d'un gaz se mesure à son épaisseur optique : Pour une épaisseur optique τ = 1 on a une fraction 1/e du rayonnement incident qui est absorbée, soit ~37 %, le reste (63 %) pouvant traverser le milieu pour émerger de l'autre côté. L'opacité croît très rapidement avec l'épaisseur optique, pour une épaisseur de 10, la fraction qui traverse le milieu n'est plus que de 0,6310 ≈ 1 %. L'épaisseur optique dépend de la longueur d'onde. Ainsi, entre 25 et 35 THz, l'épaisseur optique de l'atmosphère est de l'ordre de 0,2, ce qui signifie qu'elle est pratiquement transparente, c'est la « fenêtre infra-rouge ». Inversement, pour des fréquences inférieures à 20 THz, l'épaisseur optique est supérieure à dix, et peut atteindre quelques centaines : l'atmosphère est pratiquement opaque pour ces infra-rouge lointains. L'épaisseur optique fonctionne comme un brouillard épais, qui permet de distinguer un environnement proche, mais noie le lointain dans un gris uniforme.
Lorsque la surface terrestre rayonne, elle rayonne sensiblement sur toutes les longueurs d'onde, mais seules peuvent s'échapper directement vers l'espace les longueurs d'onde pour lesquelles l'atmosphère est transparente, donc situées dans la fenêtre infra-rouge. Les autres (pour lesquelles l'atmosphère est opaque) sont absorbées et chauffent l'atmosphère elle-même. Pour les longueurs d'onde où l'épaisseur optique est de quelques dizaines, l'absorption est réalisée dans la très basse atmosphère, qui se met rapidement en équilibre thermique avec le rayonnement du sol. Étant chaude, la basse atmosphère rayonne à son tour, mais la basse atmosphère ne peut pas rayonner directement vers l'espace, puisqu'elle ne peut pas émettre sur les fréquences pour lesquelles elle est transparente, et ne peut émettre que sur les fréquences pour lesquelles elle est opaque [note 6].
Quand le sol est chauffé par le rayonnement solaire, il va émettre directement une fraction (~10%) du rayonnement vers l'espace, le reste chauffant la basse atmosphère. La seule évacuation possible de cette chaleur est de déclencher un mouvement de convection, qui élève l'air chauffé (et généralement humide) inférieur pour le remplacer par de l'air plus froid (et généralement plus sec) des couches supérieures. Ce mode de transfert de chaleur va transférer mécaniquement l'énergie solaire en altitude, jusqu'au point où l'épaisseur optique restante devient de l'ordre de l'unité : à ce point, le gaz rayonne les fréquences qu'il est capable d'absorber, mais n'ayant plus une épaisseur significative de gaz au-dessus de lui, ce rayonnement est capable de s'échapper vers l'espace.
De ce fait, le profil du rayonnement sortant est composé de plusieurs segments, correspondant au point où différents émetteurs atteignent la condition de transparence : quand les couches sont transparentes aux rayonnements, le rayonnement thermique est celui du sol, ici 320 K. Pour les fréquences où le CO2 rend l'atmosphère opaque, la surface apparente depuis l'espace est celle à partir de laquelle un rayonnement peut s'échapper librement, et la température de cette surface est de 220 K (tropopause). Pour les fréquences où H2O rend l'atmosphère opaque, la température de la surface apparente est de l'ordre de 260 K (nébulosités).
C'est la somme de ces différentes émissions qui doit globalement compenser l'énergie solaire reçue par la Terre. Au premier ordre, le principal gaz à effet de serre est la vapeur d'eau, pour laquelle l'atmosphère devient transparente à une pression de l'ordre de 0,2 atmosphère, l'atmosphère devant évacuer de l'ordre de 216 W/m2, devra le faire à une température d'émission de −25 °C, et sachant que le transfert a été essentiellement dû à la convection, le gradient adiabatique dans l'atmosphère détermine l'élévation de la température au sol qui s'en déduit.


Le déséquilibre énergétique de la Terre (Earth's energy imbalance, EEI) est un indicateur de réchauffement climatique, défini comme « le flux énergétique net persistant et positif (vers le bas) du sommet de l'atmosphère, associé au forçage des gaz à effet de serre du système climatique ». Selon que le flux énergétique entrant de la Terre est supérieur ou inférieur au flux énergétique sortant, la planète gagnera (se réchauffera) ou perdra (se refroidira) de l'énergie thermique nette, conformément à la loi de conservation de l'énergie. L'EEI est généralement exprimé en watts par mètre carré (W/m2). Les déséquilibres qui ne s'inversent pas au fil du temps entraîneront des changements de température à long terme dans les composantes atmosphériques, océaniques, terrestres et de glace du système climatique.
Le déséquilibre énergétique de la Terre (EEI), quand il est suffisamment significatif, est mesurable par des satellites.
Au début des années 2000, il montre que le système Terre absorbe beaucoup plus d’énergie qu’il n’en renvoie vers l'espace, ce qui implique un réchauffement supplémentaire d’environ 0,6 °C et augmente les risques de fonte accélérée des glaces et d’élévation du niveau de la mer.
Vingt ans plus tard, les données disponibles en 2025 confirment que le déséquilibre énergétique de la Terre (EEI) s'accroît plus vite que prévu (doublement en vingt ans pour atteindre environ 1,3 W/m²). Cette accélération n'est pas encore comprise, elle n'est pas reproduite par les modèles produits par la communauté scientifique et a fait l'objet de discussion dans plusieurs réunions internationales où l'on cherche à évaluer si elle indique un renforcement des perturbations anthropiques ou s'il s'agit d'une réponse amplifiée du système climatique, ce qui impliquerait une sensibilité climatique sous‑estimée et donc un réchauffement futur potentiellement plus élevé et/ou plus rapide que les projections actuelles. Une hypothèse est que les nuages jouent un rôle dans ce phénomène : leurs propriétés modifiées par le changement climatique feraient qu'ils influencent plus qu'on ne le pensait ce déséquilibre radiatif ; parallèlement, la décroissance de certains aérosols anthropiques polluants pourrait aussi réduire l’effet refroidissant qu’exerçaient ces nuages anthropogéniques. Des interactions aérosols-nuages, encore mal comprises, pourraient contribuer à laisser davantage de rayonnement solaire pénétrer dans le système climatique[21]. Malgré l'évolution négative de cet indice, certains climatologues estiment que l’évolution observée des températures reste, pour le moment, cohérente avec les modèles, qui restent donc pertinents et continuent à reproduire avec une bonne précision les évolutions observées du climat ; pour l'instant, les calories excédentaires accumulé dans le système climatique sont très peu stockées dans l’atmosphère (1 % environ) mais surtout dans l’océan profond (91 %) et dans les sols (5 % environ) tandis que 3 % contribuent à la fonte des glaces[22].
Le contenu thermique planétaire, qui résulte du système climatique, peut être théoriquement calculé à partir de la capacité thermique, de la densité et des distributions de température de chacun de ses composants. La plupart des régions sont désormais raisonnablement bien échantillonnées et surveillées, sauf celle qui semble la plus importante : les grands fonds marins[23].
L'ampleur absolue de l'EEI a été estimée à partir des variations de température mesurées au cours d'intervalles de temps multidécennaux récents. La température de surface moyenne est calculée en faisant la moyenne des températures mesurées à la surface de la mer avec les températures de l'air mesurées au-dessus des terres. Des données fiables (remontant au moins à 1880) montrent que la température moyenne de surface de l'air a augmenté constamment d'environ 0,18 °C par décennie, depuis 1970 environ. L'EEI est donc estimée être en hausse depuis plus de 50 ans. Ce raisonnement est cependant potentiellement circulaire, puisqu'il consiste à évaluer l'EEI à partir d'un historique de températures, pour ensuite conclure que les températures s'élèvent à cause d'un excès d'EEI. De plus, comme souligné à propos de la « température moyenne de la Terre », cette température peut fortement varier sans changer le bilan énergétique global.
La croûte terrestre et les régions couvertes d'une épaisse couche de glace absorbent relativement peu d'énergie « excédentaire », respectivement en raison de l'albédo de la glace et car les calories reçues par le sol ne s'écoule vers l'intérieur du globe terrestre que par conduction thermique, et n'y pénètrent donc que de quelques dizaines de centimètres par jour et de quelques dizaines de mètres par an[24]. Une grande partie de l'absorption de chaleur se traduit soit par la fonte des glaces et du pergélisol, soit par l'évaporation de plus d'eau des sols.


L'océan est par contre un « absorbeur » très efficaces de calories solaires. Sa capacité thermique est au moins 20 fois supérieure à celle du sol et de l'atmosphère[25],[26]. Les navires et stations de recherche y échantillonnent les températures de l'eau à différentes profondeurs, depuis avant 1960. Et, depuis l'an 2000, un réseau en expansion de près de 4 000 flotteurs autonomes robotisés Argo y mesure les températures et leurs anomalies, dont 1250 peuvent faire des mesures à plus de 2 000 mètres de profondeur, jusqu'à - 6 000 mètres (Deep-Argo) ; et en 2028, plus de 98 % du volume de l’Océan mondial devrait être couvert. Ces balisent montrent déjà que — au moins depuis 1990 —, la teneur thermique des océans croît à un rythme constant ou accéléré. L'écart représente la plus grande partie de l'EEI : l'Océan mondial, jusqu'à présent, a absorbé plus de 90 % de l'excès net d'énergie entrant dans le système[27]. L'analyse de ce phénomène doit aussi tenir compte du fait que le climat mondial sort d'un petit âge glaciaire, et que contrairement à l'atmosphère, l'océan a une très grande capacité thermique, donc une très grande inertie thermique. Son réchauffement inclut donc possiblement des causes naturelles mal capturées par les modèles actuels[pas clair][réf. souhaitée].
Plusieurs satellites mesurent l'énergie absorbée et rayonnée par la Terre, et donc par déduction le déséquilibre énergétique. Le projet Earth Radiation Budget Experiment (ERBE) de la NASA impliquait trois de ces satellites : le Earth Radiation Budget Satellite (ERBS), lancé en ; NOAA-9, lancé en ; et NOAA-10, lancé en .

Les instruments CERES (Clouds and the Earth's Radiant Energy System) de la NASA font partie de son système d'observation de la Terre (EOS) depuis . CERES est conçu pour mesurer à la fois le rayonnement solaire réfléchi (courte longueur d'onde) et le rayonnement terrestre (longueur d'onde)[29],[30]. Les données CERES ont montré une augmentation de l'EEI à partir de +0,42 ± 0,48 W/m2 en 2005 à +1,12 ± 0,48 W/m2 en 2019. Les facteurs contributifs comprenaient plus de vapeur d'eau, moins de nuages, une augmentation des gaz à effet de serre et une diminution de la glace, qui ont été partiellement compensés par la hausse des températures[20],[28]. Pour le modèle climatique CM4/AM4 du GFDL, il y avait moins de 1 % de chance que la variabilité interne du climat soit à elle seule à l'origine de cette tendance[31]. Cette « faible probabilité » peut cependant être considérée comme peu concluante, dans la mesure où aucun de ces modèles climatiques n'a été calibré pour reproduire les variations climatiques passées, mais partent toujours de l'hypothèse d'un équilibre initial.
Dans les années 2010, les incertitudes liées à l'étalonnage radiométrique limitent la précision actuelle du suivi par satellites (qui sont par ailleurs stables et précis). Les variations relatives de l'EEI sont néanmoins mesurables avec une précision qui ne serait pas atteinte pour une mesure unique du déséquilibre absolu[32],[21].