Rosalind Franklin

Rosalind Franklin
Rosalind Franklin avec un microscope en 1955.
Biographie
Naissance

Notting Hill (Londres, Royaume-Uni)
Décès
(à 37 ans)
Royal Marsden Hospital (en)
Sépulture
Cimetière juif de Willesden (en)
Nom dans la langue maternelle
Rosalind Franklin
Nom de naissance
Rosalind Elsie Franklin
Nationalités
britannique
britannique
Formation
Newnham College (baccalauréat ès arts) (-)
Université de Cambridge (docteur en philosophie) (jusqu'en )
Activités
Chimiste, biophysicienne, cristallographe, professeure d’université, biochimiste, biologiste moléculaire, physicienne, généticienne
Père
Ellis Arthur Franklin (en)
Mère
Muriel Frances Waley
Autres informations
A travaillé pour
King's College de Londres (-)
Birkbeck College
Distinctions
Prix Louisa-Gross-Horwitz ()
72 noms de femmes de sciences pour la tour Eiffel

Rosalind Franklin est une physicochimiste britannique, née le à Londres et morte le à Chelsea. Pionnière de la biologie moléculaire, elle joue un rôle important dans la découverte de la structure hélicoïdale de l'acide désoxyribonucléique (ADN) avec James Dewey Watson, Francis Crick et Maurice Wilkins. Elle joue également un rôle majeur dans la découverte du virus de la mosaïque du tabac.

Biographie

Rosalind Elsie Franklin est née dans une famille juive britannique établie[1], fille d'Arthur Ellis Franklin[2], marchand londonien, et de Muriel Frances Waley. Rosalind est la deuxième enfant d'une fratrie de cinq enfants[3].

Elle fait ses études secondaires à la St Paul's Girls' School, puis s'inscrit au Newnham College où elle passe la deuxième partie des tripos de chimie en 1941[3]. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle poursuit des recherches sur le charbon auprès de la British Coal Utilisation Research Association (en) (BCURA) à partir de 1942, tout en exerçant les fonctions de garde ARP à Londres[3]. Elle obtient son doctorat en physique-chimie à Cambridge en 1945 en étudiant la porosité de structures de carbone. En 1947, elle obtient un poste de chercheuse au CNRS en France et poursuit ses recherches au Laboratoire central des services chimiques de l'État, où elle utilise les techniques de diffractométrie de rayons X[4],[1],[5] pour déterminer les structures amorphes du carbone[6].

King's College et l'ADN

En 1950, John Randall lui propose de créer un laboratoire de diffraction des rayons X pour étudier la structure de l'ADN au King's College de Londres. Elle prend ses fonctions en [3] et travaille avec le physicien Maurice Wilkins. En contrôlant précisément l'humidité des échantillons, elle parvient à distinguer la forme B de la forme A de l'ADN, plus rare mais souvent présente dans les échantillons déshydratés les plus souvent observés[6]. L'évolution de la structure de l'ADN avec l'humidité lui permet de réfuter les premiers modèles d'ADN établis par Maurice Wilkins, par James Dewey Watson, qui travaille également sur la structure de l’ADN à l’université de Cambridge, et par Linus Pauling de manière indépendante, qui considéraient que les groupements phosphates devaient se trouver au cœur de la molécule[4],[6],[7].

Les clichés d'ADN obtenus par diffraction des rayons X de Rosalind Franklin et de son élève Raymond Gosling, notamment le cliché 51, ont été déterminants dans la découverte de la structure à double hélice de l'ADN, publiée par James Dewey Watson et Francis Crick en 1953 dans Nature[4],[1]. Franklin, en mauvais termes avec Wilkins qui avait cru voir en elle une assistante, refusait depuis longtemps de lui communiquer le résultat de ses travaux. Toutefois, en , ayant décidé de quitter le King's College, et son supérieur[Qui ?] ayant demandé que les résultats de ses travaux restent au King's College, elle confie, comme le raconte Gosling, le cliché 51 à Wilkins[8]. Celui-ci en donne connaissance à l'insu de Franklin à Watson, qui avec Crick a eu aussi accès à un rapport d'évaluation du département[4],[6]. Lorsqu'elle apprend que Watson et Crick d'une part et Wilkins d'autre part, vont publier dans Nature des articles sur la structure de l'ADN, Rosalind Franklin exige que l'un de ses articles[9], faisant état de la structure hélicoïdale de l'ADN[10], soit publié dans le même numéro[9].

Le , Nature publie donc les trois articles. Celui de Watson et Crick se contente d'indiquer qu'ils ont été « stimulés par une connaissance de la nature générale des résultats expérimentaux et des idées non publiées du Dr M.H.E Wilkins, du Dr R.E. Franklin et de leurs collaborateurs au King's College, Londres »[11], et ils affirment dans le corps de l'article n'avoir pas eu connaissance des détails des résultats présentés dans les deux autres articles de Nature qui apportent un début de confirmation de la structure hélicoïdale qu'ils proposent[12]. Toutefois, Watson admettra par la suite dans The Double Helix que la connaissance de ces données était indispensable pour trouver la solution et que personne, à King's College, n'avait réalisé que ces données étaient en leur possession[13]. Les trois articles parus dans Nature sont complémentaires, mais c'est celui de Watson et Crick qui est le plus mis en avant.

Birkbeck College

Du fait des mésententes avec ses collègues du King's College, elle quitte cette institution en , pour rejoindre le Birkbeck College dans le département de John Desmond Bernal. Elle y utilise la technique de la cristallographie sur les virus[4], et permet la découverte de la structure du virus de la mosaïque du tabac avec Aaron Klug. Elle entame de nombreuses collaborations avec des laboratoires aux États-Unis qui permettront d'entreprendre des travaux sur le virus de la poliomyélite[6].

Après sa mort

Elle meurt prématurément en 1958 d'un cancer de l'ovaire, probablement lié à l’exposition aux radiations lors de ses recherches[1],[5], sans savoir que les résultats qui vaudront à Watson et Crick le prix Nobel s'appuient sur ses travaux[14].

Prix Nobel

En 1962, Watson, Crick et Wilkins obtiennent le prix Nobel de médecine pour cette découverte. Rosalind Franklin, disparue en 1958 ne peut plus l'obtenir[15]. Si Wilkins remercie Rosalind Franklin, ni Watson ni Crick ne la citent ni ne reconnaissent son rôle[16],[17].

Dix ans après la mort de Rosalind Franklin, Watson, dans son livre La Double Hélice (en), minimise le rôle de celle-ci et la décrit comme une personne acariâtre. La famille de Rosalind Franklin, ainsi que Francis Crick, Aaron Klug et Linus Pauling, s'élèvent contre la description du travail et de la personnalité que donne le livre[6]. Watson a toujours refusé d'admettre que Franklin aurait mérité le prix Nobel de médecine[18],[19], disant seulement en 2003 que « dans une société idéale, Wilkins et Franklin auraient reçu le prix Nobel de chimie, tandis que Crick et lui auraient obtenu le prix Nobel de biologie »[20],[21].

Hommages et distinctions

En 2008, elle reçoit le prix Louisa-Gross-Horwitz à titre posthume[22].

Un prix Rosalind-Franklin est créé en 2003 par la Royal Society.

L'astéroïde (9241) Rosfranklin est nommé en son honneur. L'astromobile martien du programme ExoMars de l'Agence spatiale européenne a été baptisé Rosalind Franklin[23], dont le lancement est prévu en [24].

Son nom est donné à des promotions de diplômés :

  • promotion 2005-2006 des docteurs[25] de l'université Pierre-et-Marie-Curie ;
  • promotion 2019-2020 de PACES de la faculté de sciences médicales et pharmaceutique de Besançon ;
  • promotion 2020-2021 des étudiants en médecine de la faculté de médecine de Tours ;
  • promotion 2020-2023 de l'Institut national des sciences appliquées de Strasbourg[26] ;
  • promotion 2024-2025 des ingénieurs de l'CPE Lyon.

À Paris, le square Rosalind-Franklin lui rend hommage.

À Bruxelles, les cliniques universitaires Saint-Luc ont donné son nom à la tour des laboratoires[27].

À Paris, du au , pièce de théâtre Les Fabuleuses, au théâtre de la Reine Blanche à Paris, texte d'Élisabeth Bouchaud[28].

À Lyon, sur le campus de Gerland de l'université Claude-Bernard-Lyon-I, le bâtiment Rosalind Franklin accueille depuis 2023 des équipes du Centre international de recherche en infectiologie de Lyon (CIRI) et plusieurs plateaux techniques et l’IVPC (Infections virales et pathologie Comparée, INRAE)[29].

Le rover de la mission Exomars de l'ESA a été baptisé Rosalind Franklin en lien avec l'objectif du rover qui est de détecter une forme de vie passée ou présente à la surface de Mars.

Notes et références

  1. 1 2 3 4 « Rosalind Franklin, génie incompris réhabilitée par Google », Le Point, (consulté le ).
  2. « Ellis, Arthur », dans Benezit Dictionary of Artists, Oxford University Press, (DOI 10.1093/benz/9780199773787.article.b00058478).
  3. 1 2 3 4 (en) Aaron Klug, « Franklin, Rosalind Elsie (1920–1958) », dans Oxford Dictionary of National Biography, (DOI 10.1093/ref:odnb/37431).
  4. 1 2 3 4 5 Marcelle Rey-Campagnolle, « Rosalind Franklin et la découverte de la structure de l'ADN », notice biographique, 3 p. [PDF], sur sfp.in2p3.fr, Société française de physique (consulté le ).
  5. 1 2 « Connaissez-vous Rosalind Franklin, héroïne du Doodle du jour ? », sur bfmtv.com, (consulté le ).
  6. 1 2 3 4 5 6 Maddox 2012.
  7. Rosalind Franklin, à 2 brins du Nobel, La Méthode scientifique, France Culture, 5 avril 2018.
  8. « Rosalind was going to leave, so she suggested that I go down the corridor and give this beautiful structure B pattern, this photo 51, to Maurice. », Kerri Smith, « PastCast: The other DNA papers », sur Nature.com, .
  9. 1 2 (en) « Due credit », Nature, vol. 496, no 7445, , éditorial (DOI 10.1038/496270a, lire en ligne).
  10. Victoria Hernandez, « Molecular Configuration in Sodium Thymonucleate (1953), by Rosalind Franklin and Raymond Gosling », sur asu.edu, .
  11. « We have also been stimulated by a knowledge of the general nature of the unpublished experimental results and ideas of Dr. M. H. F. Wilkins, Dr. R. E. Franklin and their co-workers at King’s College, London ».
  12. « We were not aware of the details of the results presented there when we devised our structure »(en) James Watson et Francis Crick, « Molecular structure of nucleic acids : a structure for deoxyribose nucleic acid », Nature, vol. 171, no 4356, , p. 737–738 (lire en ligne [PDF]) (version html annotée).
  13. Brenda Maddox, « The double helix and the 'wronged heroine' », Nature, no 421, , p. 407–408 (DOI 10.1038/nature01399, lire en ligne).
  14. Axel Kahn, « L’hélice de la vie », médecine/sciences, vol. 19, no 4, , p. 491–495 (ISSN 0767-0974 et 1958-5381, DOI 10.1051/medsci/2003194491, lire en ligne, consulté le ).
  15. Même si avant 1974 le Prix Nobel a pu être attribué à titre posthume après une nomination du vivant du récipiendaire, les nominations posthumes n'ont jamais été autorisées, selon (en) « The discovery of the molecular structure of DNA - the double helix », sur Prix Nobel : « Rosalind Franklin died in 1958. As a rule only living persons can be nominated for the Nobel Prize, so the 1962 Nobel Prize was out of the question. »
  16. « L'effet Matilda ou le fait de zapper les découvertes des femmes scientifiques », Le Nouvel Obs, (lire en ligne, consulté le ).
  17. « Rosalind Franklin, pionnière de l'ADN », France Culture, (lire en ligne, consulté le ).
  18. « Invité en 2018 au Collège de France, il réitérait sa conviction qu’« il n’y aurait eu aucune raison d’attribuer le prix Nobel » à Franklin : elle n’avait selon lui pas cru à l’hypothèse de la double hélice », Hervé Morin, « James Watson, codécouvreur de la structure en double hélice de l’ADN, est mort à l’âge de 97 ans », Le Monde, (lire en ligne).
  19. Interrogé par l'historien américain Howard Markel (en) en 2018 Watson déclarait : « You don’t usually win the Nobel Prize for data you can’t interpret ». Voir (en) Kevin Berger, « One of the Most Egregious Ripoffs in the History of Science ».
  20. (en) « A Conversation with James D. Watson », Scientific American, (lire en ligne)
  21. « Rosalind Franklin, physicochimiste britannique, pionnière de l'ADN », sur France Culture
  22. (en) « 2008 Horwitz Prize Awarded To Arthur Horwich and Ulrich Hartl For Cellular Protein Folding », sur Medical News Today, (consulté le ).
  23. (en-GB) esa, « ESA’s Mars rover has a name – Rosalind Franklin », sur European Space Agency (consulté le ).
  24. « Exomars / Rosalind Franklin », sur cnes.fr (consulté le ).
  25. « Cérémonie de remise des diplômes de doctorat », sur Sorbonne Université (consulté le ).
  26. Sebastien Poli, « Bienvenue aux promotions Stephen Hawking et Rosalind Franklin », sur INSA Strasbourg, (consulté le )
  27. « Tour des Laboratoires Rosalind E. Franklin », sur Cliniques Universitaires Saint-Luc (consulté le ).
  28. « Les Fabuleuses : L'Affaire Rosalind Franklin », sur L'Officiel des spectacles (consulté le ).
  29. « Inauguration du nouveau bâtiment Rosalind Franklin sur le campus de Gerland », sur université Claude Bernard Lyon 1 (consulté le ).

Voir aussi

Bibliographie

  • (en) Anne Sayre, Rosalind Franklin and DNA (en), W. W. Norton & Company, 1968, rééd. 2000, 240 p. (ISBN 0-393-32044-8).
  • Brenda Maddox (trad. Samia Touhami), Rosalind Franklin : la « Dark Lady » de l'ADN, Paris, Éditions des Femmes, , 344 p. (ISBN 2721006185).
  • « Épisode 1/4 : Et le prix Nobel ne fut pas attribué à Rosalind Franklin », 1 épisode de 55 mn [audio], LSD, la série documentaire, sur France Culture, (consulté en ).
  • Annabelle Kremer-Lecointre et Aurélie Jean, Femmes de science : à la rencontre de 14 chercheuses d'hier et d'aujourd'hui, Éditions de La Martinière Jeunesse, (ISBN 978-2-7324-9653-5 et 2-7324-9653-7, OCLC 1245191758).

Articles connexes

  • Effet Matilda

Liens externes

  • icône décorative Portail de la biologie cellulaire et moléculaire
  • icône décorative Portail de la chimie
  • icône décorative Portail du Royaume-Uni
  • icône décorative Portail des femmes et du féminisme
  • icône décorative Portail de l’histoire des sciences
  • icône décorative Portail du judaïsme