Méthode de scission amont du terme d'advection

En analyse numérique la méthode de scission amont du terme d'advection (en anglais advection upstream splitting method ou AUSM) est une méthode permettant d'estimer le terme d'advection dans les méthodes de différences finies et de volumes finis pour la résolution des équations de la mécanique des fluides numérique. Elle constitue une alternative aux méthodes analogues telle que la méthode de Godounov, les méthodes flux difference splitting de Philip Roe[1] ou de Stanley Osher et Fred Solomon[2] ou les méthodes flux vector splitting de Bram van Leer[3] ou de Joseph Steger et Robert Warming[4].

Le principe du décentrage amont pour la résolution des équations d'Euler est dû à Richard Courant, Eugene Isaacson et Mina Rees[5]. Sa justification est basée sur le principe physique que l'information est propagée par les caractéristiques. Mais la capture du choc par un schéma numérique est longtemps restée sans solution jusqu'aux travaux de Sergueï Godounov qui eut l'idée de calculer les flux d'interface de maillage en résolvant le problème de Riemann associé. Cette méthode est la fondation des méthodes modernes sur le sujet[6].

Analyse du problème

Décentrage amont

On considère l'équation hyperbolique scalaire suivante :

On peut l'écrire sous forme non conservative :

Il s'agit d'une équation de conservation pour est la vitesse d'advection, constante le long d'une caractéristique. On peut ainsi calculer la solution exacte en remontant depuis le point de l'espace-temps pour chercher le point d'intersection de la caractéristique en ce point avec la ligne de temps  :

ne coïncidant pas en général avec un point du maillage une interpolation est nécessaire, par exemple une interpolation linéaire respectant la condition CFL:

D'où le schéma de Courant-Isaacson-Rees (CIR) décentré amont en différences finies (1952):

Cette méthode n'est pas capable de capturer une discontinuité (choc, ligne de contact). Pour obtenir un tel résultat, Peter Lax a donné en 1954 une condition nécessaire d'entropie qui garantit l'existence d'une solution faible du problème de Rankine-Hugoniot[7].

Capture d'une d'une continuité

On prend pour exemple les équations d'Euler unidimensionnelles pour un gaz parfait :

La version volumes finis d'un solveur de cette équation s'écrit :

est l'approximation de et le vecteur flux à l'interface .

En suivant le principe de décentrage, ce flux sera écrit comme une fonction des quantités des cellules voisines à droite et à gauche , par exemple :

Le calcul des états requiert la résolution d'un problème de Riemann. En l'absence de variables caractéristiques dans les équations on définit une variable jouant le rôle de caractéristique le long de laquelle la solution est constante. L'interface de cellule coïncide avec caractéristique et le flux numérique s'écrit :

.

Une telle solution n'est pas toujours possible, elle est coûteuse et sa précision remise en cause à chaque étape de l'intégration temporelle[8].

Méthodes flux difference splitting

Un exemple de résolution approchée est celle de Roe[9]. Dans cette méthode les flux sont scindés dans deux directions suivant les valeurs propres de la matrice jacobienne évaluées dans un certain état moyen  :

D'où le flux :

Ce schéma représente des états amont et aval sont reliés par une simple discontinuité (choc ou discontinuité de contact) et ne respecte pas la condition d'entropie croissante : il peut conduire à une discontinuité de type « choc de détente » non physique.

Méthodes flux vector splitting

Une autre approche, dans la logique de la méthode CIR, consiste à remonter les sources influençant le flux :

Cela suppose la connaissance (l'approximation) des matrices jacobiennes associées à et .

Parmi toutes les variantes proposées la méthode de van Leer[3] est sans doute la plus efficace malgré les problèmes rencontrés pour le calcul des discontinuités de contact[10].

Méthode AUSM

Le problème rencontré ci-dessus est lié aux termes d'advection dans les équations. La solution consiste donc à traiter séparément ces termes et ceux correspondants à la propagation des ondes acoustiques par l'intermédiaire de la pression [11] :

est la vitesse du fluide, le débit massique et l'enthalpie totale.

On peut construire le flux numérique advectif de la façon suivante :

Le choix de est fondamental : il est obtenu en scindant le nombre de Mach amont ou aval :

.

est la vitesse du son locale et un polynôme d'ordre choisi[11],[12].

Pour le terme de pression on utilise le même schéma :

Divers choix sont possibles pour le calcul de , adaptés au type de problème : monophasique, multiphasique, supersonique, faible nombre de Mach (combustion)[13],[14],[6].

Voir aussi

Références

  1. (en) P. L. Roe, « Characteristic-based schemes for the Euler equation », Annual Review of Fluid Mechanics, vol. 18, , p. 337-365 (lire en ligne)
  2. (en) S. Osher et F. Solomon, « Upwind difference schemes for hyperbolic systems of conservation laws », Mathematics of Computation, vol. 38, , p. 339-374 (lire en ligne)
  3. 1 2 (en) Bram van Leer, « Flux-vector splitting for the Euler equations », Lecture Notes in Physics, vol. 170, , p. 507–512 (lire en ligne)
  4. (en) J. L. Steger et R. F. Warming, « Flux Vector Splitting of the Inviscid Gasdynamic Equations with Application to Finite Difference Method », Journal of Computational Physics, vol. 40, , p. 263-293 (lire en ligne)
  5. (en) Richard Courant, Eugene Isaacson et Mina Rees, « On the solution of nonlinear hyperbolic differential equations by finite differences », Communications on Pure and Applied Mathematics, vol. 5, , p. 243-255 (lire en ligne)
  6. 1 2 (en) Meng-Sing Liou, « Evolution of Advection Upstream Splitting Method Schemes », Defence Science Journal, vol. 60, no 6, , p. 606-613 (lire en ligne)
  7. (en) Peter Lax, « Weak solutions of nonlinearhyperbolic equatioins and their numerical computation », Communications on Pure and Applied Mathematics, vol. 7, , p. 159-193 (DOI doi.org/10.1002/cpa.3160070112)
  8. (en) Eleuterio F. Toro, Riemann Solvers and Numerical Methods for Fluid Dynamics: A Practical Introduction, Springer-Verlag, (ISBN 978-3540659662, lire en ligne)
  9. (en) P. Roe, « Approximate Riemann solvers, parameter vectors and difference schemes », Journal of Computational Physics, vol. 43, , p. 357-372 (lire en ligne)
  10. (en) B. van Leer, J. L. Thomas, P. Roe et R. W. Newsome, A comparison of numerical flux formulas for the Euler and Navier-Stokes equations, AIAA Paper 1987-1104CP, (lire en ligne)
  11. 1 2 (en) M. S. Liou et C. J. Steffen, « A New Flux Splitting Scheme », Journal of Computational Physics, vol. 107, no 1, , p. 23-39 (DOI doi.org/10.1006/jcph.1993.1122)
  12. (en) S. M. Liou, « A sequel to AUSM: AUSM+ », Journal of Computational Physics, vol. 214, no 1, , p. 364-382 (DOI 10.1006/jcph.1996.0256)
  13. (en) S. M. Liou, « A sequel to AUSM, Part II: AUSM+-up for all speeds », Journal of Computational Physics, vol. 214, no 1, , p. 137-170 (DOI 10.1016/j.jcp.2005.09.020)
  14. (en) S. M. Liou et J. R. Edwards, « schemes and extensions for low Mach and multiphase flows. », Lecture Series 1999-03, 30th Computational Fluid Dynamics, , p. 1-101
  • icône décorative Portail de l'analyse
  • icône décorative Portail de la physique