Mégatsunami

Vague d'un mégatsunami déferlant sur le trait de côte, avec la remonté du fond marin.

Un mégatsunami est un tsunami hors-normes déclenchant de très grandes vagues, sans que cette appellation ne corresponde à une définition scientifique très précise.

Éléments de définition

En 2014, il n'existait pas de « définition univoque et largement acceptée » du terme « méga-tsunami », expression notamment utilisée par certains médias pour qualifier le tsunami de 2011 au Japon. JamesGoff, James Terry, Catherine Chagué-Goffa et Kazuhisa Goto ont alors proposé que le terme souteigai-tsunami soit retenu pour décrire les tsunami d'une ampleur inattendue, mais que l'expression mégatsunami soit réservé aux cas où le rapport hauteur/amplitude de vague dépasse 100 m/50 m à la source[1] (cas rarissime).

Les japonais ont aussi inventé le mot de Genpatsu-shinsai (原発震災) pour décrire le cas d'une situation de tsunami associé à un tremblement de terre et à un accident nucléaire.

Spécificités

Causes spécifiques

Leurs causes sont souvent différentes de celles des tsunamis classiques ; alors qu’un tsunami est généralement déclenché par les mouvements de la croûte terrestre, un mégatsunami peut être provoqué :

  • par un éboulement colossal, qui en s’écroulant dans une mer ouverte (ou fermée ou semi-fermée comme un fjord) provoque de puissantes vagues pouvant atteindre des dizaines, voire centaines de mètres de hauteur, se déplaçant à une vitesse initiale de centaine de kilomètres par heure selon la masse. Par exemple, le tsunami déclenché le matin du 10 août 2025 par un glissement de terrain de plus de 64 millions de m³ dans le fjord de Tracy Arm, en Alaska a déclenché une vague initiale d’environ 100 m de hauteur se déplaçant à plus de 252 km/h, qui a escaladé les flancs du fjords jusqu'à 481 m de hauteur par rapport au niveau de la mer).
  • par des chutes d'astéroïdes[2] (comme il semble aussi y en avoir eu sur la planète Mars, comme le suggèrent des chercheurs[3]).

Effets spécifiques

Leurs effets n'ont presque rien de commun avec ceux des tsunamis classiques ;

Un mégatsunami est caractérisé par une (ou plusieurs) immense(s) vague(s) causée(s) par un déplacement soudain d’une très grande masse d’eau.

La vitesse de l'onde est rapide (avec donc un effet de runup important si une île ou un littoral continental sont proches de l'épicentre).

Par exemple, le tsunami résultant du tremblement de terre de magnitude 7,5 sur la péninsule de Noto le 1er janvier 2024 s’est propagé dans la mer du Japon jusqu’à la côte est de la Corée, et là, en arrivant au niveau de la côte, cette vague a pesé sur le sous-sol d'une manière inhabituelle, l'inclinant légèrement et provoquant des mouvements lents mais massifs du sous-sol, perpendiculairement au rivage. Ces mouvements sont été enregistrés par les sismomètres de fond de mer puis par les sismographes installés à l’intérieur des terres, près du littoral. Ces enregistreurs montrent des ondes aux caractéristiques (durée, fréquence) proches de celles du tsunami (mesurées par les marégraphes), ce qui confirme une même origine. L’intensité des mouvements du sol augmente avec la hauteur de la vague et s'atténue avec l'éloignement du trait de côte (ou si le sol est moins rigide).

Le tsunami (et plus encore un mégatsunami) peut créer des modifications de contrainte dans le sol superficiel, pouvant atteindre environ 0,81 kPa sur la plage, et une vague particulièrement haute peut transmettre de l’effet à des profondeurs plus importantes, modifiant légèrement la structure du sous-sol[4].

Remarque : des ondes encore plus rapide (dites ondes de Lamb, qui sont des oscillations de pression émises par les séismes importants), se propagent dans la couche basse de l’atmosphère. Elles ont par exemple té éétudiées pour l’éruption sous-marine du volcan Hunga Tonga le 15 janvier 2022). Leurs temps d’arrivée sont clairement visibles sur les enregistrements de pression des stations météo ASOS, tant à l’aller qu’au retour autour de la Terre [Dans ce cas elles circulaient à environ 1129 km/h (314 m/s) à l’aller et encore à 1114 km/h (310 m/s) au retour, avec une différence de vitesse d’à peine 1,3% (ce qui signifie qu’elles perdent très peu d’énergie en se propageant dans l'air à l’échelle planétaire)]. Ces vitesses dépassent largement celles d’un tsunami classique (~220 m/s), se rapprochant de celles des météo‑tsunamis (~300‑310 m/s). Elles jouent un rôle dans le phénomène de résonance entre l’atmosphère et l’océan, et pourraient être utilisées pour les alertes aux tsunamis non tectoniques (c'est-à-dire déclenchées non pas par un séisme sous‑marin lié aux mouvements des plaques tectoniques, mais par d’autres phénomènes capables de déplacer brutalement une grande masse d’eau, comme une éruption volcanique, un glissement de terrain sous‑marin ou côtier, comme un vêlage de glacier, ou la chute d'un météore, ou encore par certaines perturbations atmosphériques (par exemple des vagues de pression rapides à la surface de l’océan). Ces vagues peuvent être plus localisées que les « télétsunamis »[note 1] d’origine tectonique, mais elles restent très dangereuses pour les côtes proches de la source.).

Certains mégatsunamis survenus dans la période préhistorique pourraient être à l'origine de l'universalité des mythes de déluges (présents dans plusieurs parties du monde)[5].

Mégatsunamis récents et historiques

L’hypothèse de tels phénomènes contemporains est avancée la première fois (répertoriée) par une équipe de géologues à la recherche de pétrole en Alaska en 1953 : ils observent une zone de forêt relativement jeune sur la partie basse de sa côte alors que ce n'est pas le cas des baies alentour. On peut distinguer une bande clairement délimitée d'arbres plus jeunes. Les géologues appellent cette bande une trim line car elle ressemble à celles créées par l'avance et le recul de glaciers. Mais ils s'interrogent en observant les arbres situés juste au-dessus de cette bande, car ils présentent tous de nombreuses cicatrices comme s'ils avaient été heurtés violemment par quelque chose venant de la côte. La seule explication que les scientifiques trouvent valide est des vagues anormalement hautes venant de la profonde mais étroite baie voisine, la baie Lituya. En effet la topographie particulière de la baie, une ancienne vallée glaciaire très profonde (200 m) possédant une entrée très étroite de seulement 10 mètres de large, bordée de falaises escarpées et traversée par une importante faille, rend la baie propice à d'importants glissements de terrain, générateurs de tsunamis. Ils émettent donc l'hypothèse qu'une vague énorme à une période relativement récente a pu se produire mais sans savoir précisément comment.

Selon la revue Science (2026), « depuis 1925, 27 tsunamis avec des vagues dépassant 50 m de hauteur se sont produits », dont le plus médiatisé est le Mégatsunami de 1958 de la baie Lituya, qui a eu lieu le se produit un tremblement de terre de magnitude 8,3 dont l'épicentre se trouvait à quelques dizaines de kilomètres de la baie Lituya (Alaska). Un éboulement gigantesque se produit alors dans le fjord. On calcule que le glacier qui se déverse dans le fjord, est frappé par une vague monstrueuse mesurant entre 50 et 75 m de haut, mais dont la dévastation s'étend jusqu'à 520 mètres de haut (vague de plus de 530 mètres à la crête) sur le flanc opposé (soit environ une fois et demi la hauteur de la tour Eiffel ou de l'Empire State Building)[6]. La région étant inhabitée, la catastrophe fait peu de victimes, seulement quelques pêcheurs dont les embarcations sont emportées par le flot. Un pêcheur, seul témoin visuel, et son fils survivent, leur bateau réussissant à passer l'énorme vague.

En 1963, un pan entier du mont Toc, au nord de Venise en Italie, déstabilisé par des infiltrations d'eau du lac du barrage de Vajont, s'écroule dans le réservoir à 110 km/h. La moitié de l’eau du lac est vidée en moins de dix minutes et une vague de 250 mètres de haut passe par-dessus le barrage sans le détruire, mais s'abat sur les villages en aval qu'elle réduit à néant, tuant près de 2 000 personnes.

Le , un glissement de terrain entraînant l'effondrement d'un pic montagneux et d'un fragment de glacier dans le fjord Dickson, sur la côte orientale du Groenland, a provoqué un mégatsunami avec une vague initiale d'une hauteur de 200 mètres. La région étant inhabitée, personne n'a été témoin ou victime du phénomène, mais ce dernier a déterminé un signal sismique enregistré durant neuf jours à travers toute la croûte terrestre[7],[8].

Des croisières étaient organisées dans le fjord Tracy Arm (ici avec le Serenade of the Seas), annulées après le Tsunami de 2025 qui n'a pas fait de victimes en raison de son heure (5 h 30 du matin), mais par précaution, les croisiéristes ont ensuite évité la zone[9].

Le 10 août 2025 vers 5 h 30 LT (13 h 30 UTC)[10], un effondrement de terrain montagneux de plus de 64 millions de mètres cubes a frappé le fjord de Tracy Arm, en Alaska, sur fond de recul glaciaire et fonte des pergélisols, lié au réchauffement de l'Arctique[11]. Il a causé un mégatsunami atteignant 481 mètres de hauteur, après une vague initiale d’environ 100 mètres se déplaçant à plus de 70 m/s. La roche de la zone d'effondrement est cartographiée comme métamorphique (migmatite composée de schiste, de gneiss et de tonalite intrusée par la granodiorite avec a priori peu de pergélisol. L’événement avait été précédé de plusieurs jours de micro-sismicité, devenue plus fréquente et plus intense jusqu’à environ une heure avant la rupture[11]. Il a généré des ondes sismiques de longue période (d’ampleur comparable à un séisme de magnitude 5,4) et a provoqué une « seiche » piégée dans le fjord, associée à un signal sismique global d’environ 66 secondes persistant jusqu’à 36 heures, un phénomène très rarement observé sur une telle durée. L'épaisseur des dépôts laissé par les vagues du tsunami atteint localement environ 30 m d'épaisseur, pour un volume total estimé à environ 0,6 × 106 m3 [11]. Les vagues du tsunami se sont propagées en s'atténuant, mais avec violence, hors du fjord de Tracy Arm, décapant la végétation sur les pentes, laissant une ligne de dénudation analogue à celle observée lors du tsunami de Taan Fiord en 2015. Le maximum de runup, mesuré à 481 m d’altitude (± 7,6 m), a été enregistré sur le flan sud du fjord, à environ 3,3 km du glissement, en accord avec des estimations de l’élévation de la ligne de dénudation issues d’un modèle numérique de terrain. La vague a été ralentie par la première grande courbure du fjord, où le tsunami a atteint 95‑185 m de hauteur du côté extérieur et 40‑120 m sur le côté intérieur, et une petite zone forestière (située entre 22 et 35 m d'altitude sur Sawyer Island) a survécu à l’onde (comme lors du tsunami de Cenotaph Island dans la baie de Lituya). Plus au nord, dans la branche nord du fjord, le tsunami a rasé la végétation jusqu'à plus de 105 m de hauteur localement, et a érodé le front du glacier Sawyer. Les séquelles visibles aériennes les plus éloignées ont été repérées à environ 50‑55 km du glissement, à Holkham Bay (16 m de hauteur) et Williams Cove (35 m). Deux stations marégraphiques ont enregistré l’onde : une station de JOA/NOAA dans Endicott Arm et une station NOAA à Juneau, à ~130 km de la source, qui a mesuré une amplitude maximale de 0,4 m, avec la première crête arrivant une heure après le glissement et une période dominante de 20 minutes[11]. Cette seiche est l'un des deux seuls cas documentés (avec l'évènement de Dickson Fjord en 2023), de seiche de fjord à ondes sismiques monochromatiques de plusieurs jours. Son étude ouvre une voie pour mieux détecter, en temps quasi-réel des glissements‑tsunamis en fjords, via le suivi étroit de signaux sismiques à bande étroite. Ce type de modes résonnant pourrait aussi laisser des signatures géomorphologiques (dépôts sédimentaires, bathymétrie) repérables dans des archives sédimentaires ou des profils sous‑marins[11].

Ce type d'évènement sera de plus en plus fréquent dans les environnements côtiers et fjordiques[12], alors même que le réchauffement climatique et la fréquentation touristique et les prospections géologiques croissante de ces zones accroissent l’exposition aux impacts (« le nombre de passagers de navires de croisière en Alaska est passé d'une moyenne annuelle d'environ 1 000 000 en 2016 à ~1 600 000 en 2025 »)[11]. La prédiction de ces évènements est donc un enjeu scientifique fort : souvent ce type d'effondrement suit une période de forte précipitations, mais dans ce cas, il avait modérément plu et selon les relevés de stations proches, il n'y a pas eu de précipitations extrêmes avant l'évènement, ni de tremblement de terre ; L’analyse rétrospective d'images optiques et radar de haute résolution n'a montré aucun signe visible de déformation du versant qui s’est effondré, ni de fissures de traction, de scarpe ou de backscarp détectables dans les images prises à 49 jours de l'évènement. Très peu de signes morphologiques précurseurs étaient disponibles, hormis quelques glissements antérieurs plus modestes, dont un glissement translational de ~25 000 m2 à l'ouest (en octobre 2017) et un autre plus à l’est (entre le 22 et le 26 juillet 2025), ou de petits chutes de blocs (peu avant, les 6‑7 août 2025, sans signaux sismiques enregistrés sur les stations régionales)[11]. Une étude de microsismique montre que les sismomètres avaient enregistré une augmentation de l’activité sismique au moins 24 heures avant la rupture, avec une fréquence des événements croissant progressivement jusqu’à quelques heures avant le glissement, puis une accélération exponentielle dans les 6 heures précédant la catastrophe, les événements se rapprochant à des intervalles de 30‑60 secondes, avant une diminution de leur taux 1‑2 heures avant l’événement, qui pourrait coïncider avec le passage d’une rupture discrète à un glissement continu encore nettement plus intense que le bruit de fond[11].

Aux échelles préhistorique et géologique

Plus loin dans le passé, plusieurs mégatsunamis ont eu lieu à grande échelle, avec une fréquence jugée faible au vu des données disponibles à leur sujet.

Ils seraient le plus souvent des phénomènes très localisés et dévastateurs et ont pu être une inspiration pour les mythes de déluge, communs à la plupart des cultures dans le monde entier.

  • Il y a 3 200 ans, l'explosion de Santorin aurait provoqué un ou plusieurs mégatsunamis de 100 à 200 m de haut accompagnés d'autres phénomènes (pluie de cendre volcanique, nuées ardentes).
  • Il y a 4 000 ans un mégatsunami semble avoir eu lieu à La Réunion[13].
  • Il y a 7 000 ans en mer de Norvège, un événement comparable s'est produit, causé par les glissements de terrain de Storegga.
  • Il y a environ 8 150 ans, l'un des glissements de terrain de Storegga a causé un tsunami très important.
  • Il y a environ 73 000 ans, un mégatsunami provoqué par l'effondrement d'un pan du Pico do Fogo (Cap-Vert) a probablement eu lieu, affectant Santiago avec des vagues mesurant au minimum 170 mètres[14], voire jusqu'à 240 m sur l'île de Santiago à environ 50 km de là, selon une étude publiée dans Science Advances[15]. Le tsunami est daté par hélium 3 à l'aide de mesures effectuées sur les dépôts tsunamigéniques[14].
  • Il y a plus de 65 millions d'années, des théories sur l'extinction des dinosaures avancent que la chute de la météorite de Chicxulub sur l'actuelle péninsule du Yucatan (sud-est du Mexique), a dû engendrer plusieurs mégatsunamis de 500 à 3 000 mètres de haut. Selon une étude récente (publiée en ), la première vague - telle que modélisée par Molly Range à l'université du Michigan (États-Unis) avec une équipe de l'université Princeton, de l'université Brown et du MIT a avoisiné 1,5 km de haut, a touché tous les océans, avec plusieurs vagues secondaires (jusqu'à 100 mètres de hauteur animées d'une vitesse de 140 km/h) qui ont contribué à l'extinction de 50 à 75 % des espèces vivantes (dont les dinosaures non aviaires)[16].

Menaces de mégatsunami

Les volcans sous-marins[17] ou littoraux ou les îles volcaniques telles que La Réunion et Hawaii sont susceptibles de causer des mégatsunamis parce que ce sont souvent des structures instables agrégées par des éruptions successives. Autour de ces îles, on a trouvé des traces de débris qui prouvent que de tels glissements de terrain ont déjà eu lieu.

Pour l'Europe de l'ouest et méditerranéenne, le tsunami est l'une des formes potentiellement les plus graves de risque d'inondation côtière. Mais alors que certains tsunamis préhistoriques ont été bien étudiés dans d'autres parties du monde « très peu d'informations sont disponibles sur l'occurrence de paléotsunamis pendant la préhistoire européenne[18]. Or cette donnée a une importance fondamentale dans le calcul du risque d'immersion par tsunami d'une zone côtière donnée ». Sur la base des quelques données existantes pour le passé européen, il reste difficile de modéliser numériquement le risque global d'inondation côtière (incluant les tsunamis) et il faudrait aussi bien intégrer le risque de survenue conjointe d'autres aléas (ex : onde de tempête, surcote, outre une éventuelle situation de marée haute) et pour la prédiction à long terme, les chercheurs doivent aussi intégrer les futurs changements du « niveau relatif de la mer » résultant à la fois du réchauffement global et marin, mais aussi des mouvements eustatiques verticaux de la lithosphère.

Le candidat le plus sérieux (comme source du prochain mégatsunami) serait l'île de La Palma, dans les îles Canaries. En 1949, lors d’une éruption, la moitié occidentale de l'arête de la Cumbre Vieja a glissé de plusieurs mètres vers l'océan Atlantique. On pense que ce processus a été provoqué par la pression de l’eau, présente dans la structure de l’île, portée à ébullition par la remontée du magma. La prochaine éruption pourrait faire glisser la moitié occidentale de l'île, et jeter 500 milliards de m3 de roches, d'après l'hypothèse la plus pessimiste[19]. D'après certaines projections, cela produirait un mégatsunami qui voyagerait à travers l'océan Atlantique et irait frapper les Caraïbes et le littoral américain oriental huit heures plus tard, avec une vague que les spécialistes estiment de 10 à 25 mètres de hauteur[19].

Modélisation d'un mégatsunami

La modélisation de la première vague d'un mégatsunami généré par l'« effondrement granulaire » d'une île, d'un littoral, d'un pan de volcan ou d'un morceau de plateau continental[20] intéresse les prospectivistes et les gestionnaires de risques, mais nécessite de bien connaitre le substrat et contexte géologique, de bien évaluer le risque sismique dans la zone concernée, et surtout d'aussi maitriser la modélisation des écoulements granulaires et des écoulements complexes s'effectuant pour tout ou partie sous l'eau.

Les écoulements granulaires « secs » ont beaucoup été étudiés par exemple pour prévoir la dynamique de remplissage d'un silo de grains ou la distance parcourue par un glissement de terrain en montagne, et leur connaissance a fait de grands progrès dans les années 2000 à 2010, mais les principes de ces modèles ne peuvent pas être extrapolés au cas de milieux sédimentologiques littoraux ou subaquatiques mous ni aux phénomènes d'écoulements granulaires s'effectuant entièrement sous l'eau ou en présence d'eau. En effet, sous l'eau, le fluide environnant et le substrat sédimentaire modifient fortement la rhéologie des matériaux granulaires, avec des effets antagonistes qui n'existent pas sur terre. De plus l'eau étant quasiment incompressible et bien plus dense que l'air, l'onde s'y transmet de manière très différente. Selon le type de « granulat », et selon le caractère plus ou moins séquentiel ou brutal de l'effondrement, l'eau pourra fortement ralentir l'écoulement granulaire ou au contraire le fluidifier et l'accélérer tout en étendant l'onde de propagation[21],[22] ,[23].

Dans les années 2010, on n'en est qu'aux prémices de l'étude, très complexe, de l'influence du degré de pente, de la hauteur de la colonne d'eau, de sa densité, de la masse et de la structure initiale des matériaux s'effondrant, selon le type de grains.

Le rôle de lubrifiant de gaz, d'eau ou d'hydrocarbure circulant dans les failles des zones à risque doit aussi encore être précisé.

Des chercheurs s'intéressent aussi à la manière dont un grand tsunami modifie les parties rocheuses du trait de côte[24] de même que les caractéristiques des plages (dont en s'appuyant sur l'exemple du tsunami de 2011, à partir de l'imagerie satellitaire[25]).

Films

Comme toutes les grosses catastrophes, météorites, supervolcans, c’est un sujet à l’impact visuel fort pour le cinéma. Des films comme Deep Impact, The Last Day et 2012 en parlent abondamment. Un mégatsunami manque également de se produire à la fin de Abyss[26]. Et plus récemment il y a The Wave de Roar Uthaug qui se déroule dans les fjords de Norvège.

Sur d'autres planètes

Vue de traces possiblement issues d'un mégatsunami à la surface de Mars par HiRISE.
Traces possiblement issues d'un mégatsunami à la surface de la planète Mars.

Il y a environ 3,4 milliards d'années, la planète Mars aurait été frappée par un mégatsunami, suggéré par des traces d'écoulement orientées de bas en haut dans Chryse Planitia[3],[27].

Références

Sources

  • (en) Ward, S.N. et Day, S. 2001, Cumbre Vieja Volcano — Potential collapse and tsunami at La Palma, Canary Islands, Geophysical Research Letters, 28, 17, p. 3397–3400.

Notes

  1. Un télétsunami (ou far‑field tsunami) est un tsunami qui se forme à très grande distance de la zone côtière où il arrive, en général à plus de 1 000 kilomètres de la côte ou après un trajet de trois heures ou plus. Il est presque toujours déclenché par un très grand séisme, souvent en zone de subduction, et peut traverser tout un océan, atteignant des rivages situés à des milliers de kilomètres de la source, comme ce fut le cas pour le tsunami de Lisbonne en 1755 ou pour celui du Chili en 1960 qui a touché le Japon.

Références

  1. (en) James Goff, James P. Terry, Catherine Chagué-Goff et Kazuhisa Goto, « What is a mega-tsunami? », Marine Geology, vol. 358, , p. 12–17 (DOI 10.1016/j.margeo.2014.03.013, lire en ligne, consulté le ).
  2. Abbott D.H (2003) Did a bolide impact cause catastrophic tsunamis in Australia and New Zealand ?. In 2003 Seattle Annual Meeting.
  3. 1 2 « Sur Mars, un tsunami géant révèle un ancien océan », sur Futura (consulté le ).
  4. (en) Byeongwoo Kim, Tae-Kyung Hong, Junhyung Lee et Seongjun Park, « Induced Gravitational Effect and Stress Change by Tsunami Surge », Surveys in Geophysics, vol. 46, no 6, , p. 1059–1078 (ISSN 0169-3298 et 1573-0956, DOI 10.1007/s10712-025-09910-x).
  5. (en) Piccardi, L., & Masse, W. B. (Eds.). (2007). Myth and geology. Geological Society of London.
  6. Mega - Tsunamis.
  7. Camille Auchère, « Un titanesque glissement de terrain au Groenland a déclenché un méga-tusnami et fait vibrer la Terre pendant 9 jours ! », sur Futura (consulté le ).
  8. « Méga-tsunami de Dickson Fjord au Groenland: la fonte des glaces a multiplié les risques », Geo.fr, (lire en ligne, consulté le ).
  9. Euronews (2026) Pourquoi les croisiéristes ne voient plus la reine des fjords d'Alaska 2026-14-12 [[ lire en ligne]].
  10. « Un glissement de terrain déclenche un tsunami localisé en Alaska », sur catnat.net (consulté le ).
  11. 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) Dan H. Shugar, Katherine R. Barnhart, Mira Berdahl et Jacqueline Caplan-Auerbach, « A 481-meter-high landslide-tsunami in a cruise ship–frequented Alaska fjord », Science, (ISSN 0036-8075 et 1095-9203, DOI 10.1126/science.aec3187).
  12. (en) Porsteinn Saemundsson, Costanza Morino et Susan J. Conway, « Mass-Movements in Cold and Polar Climates », dans Treatise on Geomorphology, Elsevier, 350–370 p. (ISBN 978-0-12-818235-2, DOI 10.1016/b978-0-12-818234-5.00117-6, lire en ligne).
  13. BBC
  14. 1 2 (en) « Hazard potential of volcanic flank collapses raised by new megatsunami evidence », sur Sciences Advance, .
  15. Rouat S., (2015) Des géophysiciens ont trouvé les indices d'une catastrophe majeure dans l'archipel du Cap Vert. Une vague de 240 mètres de haut aurait submergé l'île de Santiago il y a 73 000 ans, publié le 7 octobre 2015
  16. Franck Daninos, « La météorite qui a exterminé les dinosaures aurait engendré une vague de 1,5 km de haut ! », Science et vie, 15 janvier 2019.
  17. Whelan, F., et Kelletat, D. (2003). Submarine slides on volcanic islands-a source for mega-tsunamis in the Quaternary. Progress in Physical Geography, 27(2), p. 198-216.
  18. Dawson A.G, Lockett P & Shi S (2004) Tsunami hazards in Europe. Environment International, 30(4), p. 577-585.
  19. 1 2 Ward, S.N. and Day, S. 2001 page 1, abstract.
  20. Robbe-Saule, M., Morize, C., Bertho, Y., Sauret, A., et Gondret, P. Génération de vagues de tsunami par effondrement granulaire.
  21. (en) Cassar C., Nicolas M. & Pouliquen O. 2005 Submarine granular ows down inclined planes Phys. Fluids 17 103301.
  22. (en) Rondon, L., Pouliquen, O., et Aussillous, P. 2011 Granular collapse in a uid : role of the initial volume fraction. Phys. Fluids 23, 073301.
  23. (en) Topin V, Monerie Y, Perales F et Radjaï F (2012) Collapse dynamics and runout of dense granular materials in a fluid. Phys. Rev. Lett. 11 (3), p. 542-548.
  24. (en) Felton, E. A., et Crook, K. A. (2003). Evaluating the impacts of huge waves on rocky shorelines: an essay review of the book ‘Tsunami–The Underrated Hazard’1. Marine Geology, 197(1-4), 1-12 (résumé).
  25. Udo, K., Sugawara, D., Tanaka, H., Imai, K., et Mano, A. (2012). Impact of the 2011 Tohoku earthquake and tsunami on beach morphology along the northern Sendai coast. Coastal Engineering Journal, 54(01), 1250009.
  26. Il est provoqué artificiellement par des créatures intelligentes qui vivent dans les abysses océaniques, mais figé juste avant de frapper les côtes sous les yeux médusés des humains, et finalement désactivé par les créatures, il se retire sans causer aucune destruction.
  27. (en) « Giant Tsunamis Battered the Coastlines of an Early Martian Ocean », sur nasa.gov.

Annexes

Bibliographie

Vidéographie

Articles connexes

Liens externes

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