Groupe de Bondi-Metzner-Sachs
En théorie de la relativité, le groupe de Bondi-Metzner-Sachs (BMS), ou groupe de Bondi-van der Burg-Metzner-Sachs, est un groupe de symétrie qui s'applique à l'espace-temps à une distance infinie d'une singularité (trou noir), où les effets gravitationnels tendent asymptotiquement vers zéro et où, par conséquent, l'espace-temps tend vers l'espace plat de Minkowski. Plus précisément, la symétrie s'applique aux géodésiques nulles, c'est-à-dire aux trajectoires suivies par la lumière et les ondes gravitationnelles, qui sont donc invariantes par transformation du groupe.
Il a été formulé à l'origine en 1962 par Hermann Bondi, M. G. J. van der Burg, A.W. K. Metzner[1] et Rainer K. Sachs[2] afin d'étudier le flux d'énergie à l'infini dû à la propagation des ondes gravitationnelles; il est considéré comme un travail pionnier et fondateur[3]. Dans son autobiographie, Bondi considère cet article de 1962 comme son « meilleur travail scientifique »[4].
L'œuvre originale de Bondi, van der Burg, Metzner et Sachs
À première vue, on pourrait intuitivement penser que les symétries à appliquer à l'espace-temps à une distance infinie (asymptotique) des singularités, c'est-à-dire pour des observateurs situés loin de toutes les sources du champ gravitationnel, devraient être les mêmes que celles de l'espace-temps plat de la relativité restreinte, c'est-à-dire le groupe de Poincaré, qui est un groupe à dix dimensions, les symétries possibles étant données par les six transformations du groupe de Lorentz (les trois boosts de Lorentz et les trois rotations dans l'espace) et les quatre translations de l'espace-temps[5].
Au contraire, pour caractériser la symétrie asymptotique du champ gravitationnel, Bondi, van der Burg, Metzner et Sachs ont commencé par imposer des conditions aux limites beaucoup plus générales aux géodétiques nulles, sans faire d'hypothèses a priori sur le groupe de symétrie sous-jacent et sans même tenir pour acquise son existence même[1]. Ce qu'ils ont découvert, c'est que les transformations de symétrie asymptotique forment effectivement un groupe et que la structure de ce groupe ne dépend pas du champ gravitationnel particulier en présence. En d'autres termes, l'étude de la cinématique de l'espace-temps est distincte de celle de la dynamique du champ gravitationnel, du moins pour les points à l'infini. Le groupe ainsi découvert, aujourd'hui connu sous le nom de groupe BMS, a une dimension infinie, contrairement aux dix dimensions du groupe de Poincaré, qui s'avère être un sous-groupe du premier. En effet, dans le groupe BMS, outre les transformations de Poincaré, s'ajoutent d'autres transformations, connues sous le nom de supertranslations[2][3] et de superrotations, ces dernières ayant été proposées en 2010[6].
En tant qu'extension à dimension infinie du groupe de Poincaré, le groupe BMS partage avec celui-ci une structure similaire ; il s'agit en effet d'un produit semi-direct entre le groupe de Lorentz et le groupe abélien des supertranslations infinies, plutôt qu'avec le groupe abélien à quatre dimensions des translations spatio-temporelles. Ce dernier est un sous-groupe normal du premier[2]
Développements ultérieurs
À partir de 2016, parallèlement à l'annonce de l'observation directe des premières ondes gravitationnelles, une série d'articles[7],[8],[9] a ravivé l'intérêt pour ce groupe, grâce à l'observation d'Andrew Strominger selon laquelle la symétrie du groupe BMS, convenablement modifiée, pourrait être considérée comme une reformulation en théorie quantique des champs (TQC) du théorème du graviton « mou » (c'est-à-dire à basses énergies), capable de relier la TQC infrarouge (basse énergie) aux symétries asymptotiques de l'espace-temps de la relativité et à l'effet de mémoire gravitationnelle, donnant lieu à un ensemble de relations connu sous le nom de triangle infrarouge[3].
Notes et références
- 1 2 (en) Hermann Bondi, M. G. J. Van der Burg et A. W. K. Metzner, « Gravitational waves in general relativity, VII. Waves from axi-symmetric isolated system », Proceedings of the Royal Society of London. Series A. Mathematical and Physical Sciences, vol. 269, no 1336, , p. 21–52 (ISSN 0080-4630 et 2053-9169, DOI 10.1098/rspa.1962.0161, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 (en) R. Sachs, « Asymptotic Symmetries in Gravitational Theory », Physical Review, vol. 128, no 6, , p. 2851–2864 (ISSN 0031-899X, DOI 10.1103/PhysRev.128.2851, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 Andrew Strominger, Lectures on the Infrared Structure of Gravity and Gauge Theory, Princeton University Press, (ISBN 978-1-4008-8985-3 et 978-0-691-17973-5, DOI 10.2307/j.ctvc777qv, lire en ligne)
- ↑ Bondi, Science, Churchill, and me : the autobiography of Hermann Bondi, master of Churchill College, Cambridge, Oxford: Pergamon Press, (ISBN 008037235X, lire en ligne), 79 :
« The 1962 paper I regard as the best scientific work I have ever done, which is later in life than mathematicians supposedly peak. »
- ↑ (en-US) « Can You See Asymptotic Symmetries? », CQG+, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ (en) Glenn Barnich et Cédric Troessaert, « Symmetries of Asymptotically Flat Four-Dimensional Spacetimes at Null Infinity Revisited », Physical Review Letters, vol. 105, no 11, (ISSN 0031-9007 et 1079-7114, DOI 10.1103/PhysRevLett.105.111103, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Sabrina Pasterski, Andrew Strominger et Alexander Zhiboedov, « New gravitational memories », Journal of High Energy Physics, vol. 2016, no 12, , p. 53 (ISSN 1029-8479, DOI 10.1007/JHEP12(2016)053, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Strominger Andrew, « Lectures on the Infrared Structure of Gravity and Gauge Theory », arXiv:1703.05448 [astro-ph, physics:gr-qc, physics:hep-ph, physics:hep-th, physics:math-ph], (lire en ligne)
- ↑ (en) Sabrina Pasterski, « Asymptotic symmetries and electromagnetic memory », Journal of High Energy Physics, vol. 2017, no 9, , p. 154 (ISSN 1029-8479, DOI 10.1007/JHEP09(2017)154, lire en ligne, consulté le )
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