Titrage acido-basique

Le titrage (dosage) acido-basique est une méthode de titrage reposant sur la réaction entre une base et un acide pour déterminer la concentration de deux solutions.

Il peut être réalisé avec un acide fort et une base forte, un acide fort et une base faible, ou une base forte et un acide faible[1].

Description

Titrage d'un acide fort par une base forte (ou l'inverse)

Ustensiles de titrage.

Dans le cas d'un acide fort qu'on fait réagir avec une base forte, on part d'une solution d'acide fort dont on ne connait pas la concentration. On y ajoute à petites doses une solution de base forte dont on connait la concentration jusqu'à ce que le pH devienne neutre. On arrive alors au point d'équivalence où la quantité de base forte ajoutée est égale à la quantité d'acide fort avant dissolution (CaVa=CbVb)[2],[3],[4]. Il faut préciser que la dissolution dans l'eau d'un acide fort est totale[5] : AH + H2O  H3O+ + A-. La réaction de neutralisation fait réagir les ions OH- de la base forte avec les ions H3O+ jusqu'à ce que [H3O+] = [OH-] = 10-7, c'est-à-dire un pH neutre égal à 7. L'acide fort peut être l'acide chlorhydrique HCl et la base forte peut être la soude NaOH = Na+ + OH-. En réalité c'est l'ion OH- qui joue le rôle de base forte. Les ions Na+ et Cl- sont spectateurs. Au-delà du point d'équivalence les ions OH- se trouvent de plus en plus en excès faisant augmenter le pH. L'expérience peut se faire dans l'autre sens avec une base forte titrée avec un acide fort. Le titrage permet de tracer la courbe de pH d'une solution d'acide fort (ou de base forte) en fonction du volume de base forte (ou d'acide fort) versé dans la solution.

Titrage d'un acide faible par une base forte (ou d'une base faible par un acide fort)

Courbes de titrage d'un acide fort (a) et d'un acide faible (b) par une base forte avec les coordonnées du point de demi-équivalence.

Un acide faible ne va pas réagir complètement dans l'eau contrairement à un acide fort. La réaction s'écrit donc avec une double flèche : AH + H2O  A- + H3O+. L'hypothèse de départ retenue est que la quantité de base conjuguée est très faible par rapport à l'acide. Dans ce cas simple on peut faire une approximation et calculer le pH initial à l'aide de la formule de la constante d'acidité[6]. En ajoutant à petites doses la base forte comme l'ion OH- provenant de la soude on a une dissolution plus importante de l'acide faible : AH + OH-  A- + H2O. En continuant l'expérience on arrive au premier point d'inflexion où la quantité de base conjuguée est égale à celle de l'acide. À ce stade, l'équation de Henderson-Hasselbalch donne : pH = pKa + log([A-]/[AH]) = pKa + log 1 = pKa. La solution est dite tampon au voisinage de ce point car la variation de pH est minimale.

Courbes de titrage d'une base forte (a) et d'une base faible (b) par un acide fort avec les coordonnées du point de demi-équivalence.

L'expérience peut se faire avec un acide faible et une base forte ou bien avec une base faible et un acide fort[7],[8]. Dans le cas d'une base faible la double réaction dans l'eau peut s'écrire de la même manière mais ce sont des ions hydroxyde qui apparaissent[9] : B + H2O ⇌ BH+ + OH-. Puis l'ajout d'acide fort a pour effet d'augmenter la transformation de la base en son acide conjugué : B + H3O+ → BH+ + H2O. Le pH diminue alors jusqu'à arriver là aussi au premier point d'inflexion où le pH est égal au pKa du couple de la base faible avec son acide conjugué. Pour chaque couple acide/base la constante de basicité et la constante d'acidité sont reliées par l'égalité : Ka × Kb = 10-14 ⇒ pKa + pKb = 14 ⇒ pKa = 14 - pKb. On retrouve alors la formule de Henderson-Hasselbalch en partant de la constante de basicité :

Schéma du dispositif de titrage

Dans le premier graphique l'acide faible est l'acide éthanoïque ou acide acétique de formule CH3COOH dont la base conjuguée est l'ion éthanoate ou ion acétate CH3COO-, et la base forte est la soude NaOH. Dans le deuxième graphique la base faible est l'ammoniac NH3 dont l'acide conjugué est l'ion ammonium NH4+, et l'acide fort est l'acide chlorhydrique HCl. On remarque que dans les deux cas le premier point d'inflexion correspond au point de demi-équivalence où le volume ajouté est égal à la moitié de celui au point d'équivalence. Cela est vrai si la proportion de base conjuguée ou d'acide conjugué () est infime dans la solution initiale.

Indicateurs de pH

Titrage de l'aspirine par la soude et résolution graphique avec la dérivée.

Au point d'équivalence, dans le cas du titrage de l'acide éthanoïque par la soude, tout l'acide faible a réagi. Il ne reste donc plus que la base conjuguée. Mais à son tour cette base réagit avec l'eau pour reformer un peu d'acide faible et d'ions OH-. On peut alors calculer le pH en faisant la même approximation que pour le pH de la solution initiale, sauf que la concentration de cette base est plus faible que celle initiale de l'acide à cause de l'effet dilution du volume ajouté (C=CiVi/Vtotal)[10],[11]. Un autre moyen de déterminer le pH au point d'équivalence est la solution graphique par la méthode des tangentes ou celle de la dérivée.

Titrage d'un polyacide, d'une polybase ou d'un mélange

Titrage du carbonate de sodium par l'acide chlorhydrique.

Il existe des acides et des bases capables de céder ou de capter plusieurs protons H+. Par exemple l'acide phosphorique de formule H3PO4 peut céder trois protons pour à la fin obtenir l'ion phosphate PO43-. De même l'ion carbonate CO32- peut capter deux protons pour former d'abord l'ion hydrogénocarbonate HCO3- puis l'acide carbonique H2CO3 ou CO2,H2O. Si la différence de pKa entre les deux couples est supérieure à environ 4 alors on peut faire une approximation et considérer que les deux réactions avec la solution titrante se font successivement. Et on observe deux sauts de pH sur la courbe de titrage au niveau des deux points d'équivalence[12],[13]. Le volume de solution titrante ajoutée pour le deuxième point d'équivalence est le double de celui pour le premier point d'équivalence (CbVb=2×CaVa ou CaVa=2×CbVb).

Titrage de l'acide phosphorique par la soude.

Pour ce qui est d'un mélange de deux acides faibles, le raisonnement est le même pour savoir si les réactions avec la base forte se font successivement ou simultanément. En fait il faut qu'il existe une zone de pH entre les deux pKa où plus de 99 % de l'acide le plus fort a réagi avec la base forte tandis que moins de 1 % de l'acide le plus faible a réagi. Soit A1H/A1- et A2H/A2- les deux couples d'acides faibles alors les relations peuvent s'écrire :

Titrage de l'acide oxalique par la soude. L'acide oxalique est un diacide dont la différence de pKa entre les deux couples est un peu inférieure à quatre (3,1), d'où le saut de pH moins marqué.

Dans le cas d'un mélange de deux acides faibles dont les pKa sont proches on peut être amené à résoudre un système d'équations pour déterminer les concentrations initiales, par exemple si la solution initiale est un mélange d'acide sulfurique et d'acide sulfureux. L'acide sulfurique est un diacide fort qui se transforme totalement dans l'eau en ion hydrogénosulfate dont le pKa (avec sa base conjuguée l'ion sulfate) est proche de celui de l'acide sulfureux (avec sa base conjuguée l'ion hydrogénosulfite). Ces deux éléments sont donc titrés simultanément[14]. Puis la réaction transformant l'ion hydrogénosulfite en ion sulfite se fait ultérieurement puisque la différence de pKa est là supérieure à 4. En notant a1 et a2 l'acide sulfurique et l'acide sulfureux, V1 et V2 le volume de solution titrante ajoutée aux deux équivalences, et V0 le volume initial du mélange, on peut écrire[15] :

[16]

Titrage par l'acide chlorhydrique d'une dibase probablement l'éthylènediamine[17].

Au deuxième point d'équivalence il ne reste en solution quasiment plus que des ions sulfates et des ions sulfites. Pour calculer le pH il faut déterminer quel est entre les deux éléments celui qui a la réaction prépondérante avec l'eau. Le pKa de l'ion sulfite étant bien plus proche de 14 que celui de l'ion sulfate c'est la réaction de l'ion sulfite avec l'eau (pour reformer un peu d'ions hydrogénosulfite et hydroxyde) qui est prise en compte. La concentration en ion sulfite au deuxième point d'équivalence est : C2=Ca2V0/(V0+V2)=Cb(V2-V1)/(V0+V2).

Notes et références

  1. (en) Paul Flowers et Klaus Theopold, « 14.7 Acid-Base Titrations - Chemistry 2e | OpenStax », (consulté le ).
  2. « Titrage acide-base », sur Khan Academy Francophone.
  3. « Titrage d'un acide fort par une base forte », sur Khan Academy Francophone.
  4. « Titrage d'un acide fort par une base forte (suite) », sur Khan Academy Francophone.
  5. Si la concentration initiale d'acide fort est bien supérieure à la concentration initiale d'ions H3O+ alors la concentration à l'équilibre des ions H3O+ est égale à la concentration initiale d'acide fort et donc pH = - log Ci. De même pour une base forte si la concentration initiale est bien supérieure à celle des ion OH- alors pH = 14 + log Ci.
  6. Soit x la concentration en base conjuguée à l'équilibre et Ci la concentration initiale en acide faible. Si Ci est largement supérieur à x alors on peut faire une approximation en disant que Ci - x est égal à Ci. Sinon il faut résoudre une équation du second degré avec Ka = x2 / (Ci - x) ⇒ x2 + Ka x - Ka Ci = 0 et prendre la valeur positive. En faisant l'approximation on trouve :
  7. « Titrage d'une base faible par un acide fort », sur Khan Academy Francophone.
  8. « Titrage d'une base faible par un acide fort (suite) », sur Khan Academy Francophone.
  9. Comme précédemment pour un acide faible le pH de la solution initiale de base faible se calcule en faisant une approximation :
  10. Dans la formule ci-dessous le Kb représente la constante de basicité du couple CH3COOH/CH3COO-. Ce est la concentration de base conjuguée au point d'équivalence soit Ce = Ci × Vi / (Vi + Va), Va étant le volume de base forte ajoutée depuis le début.
  11. Pour le couple NH4+/NH3 on aurait la formule inverse avec Ka la constante d'acidité de ce couple et Ce la concentration d'acide conjugué au point d'équivalence :
  12. Cédric Maurin, « Titrage polyacides, polybases et mélanges », .
  13. Cédric Maurin, « Titrage polyacides, polybases et mélanges (suite) », .
  14. « Titrage d'un mélange de diacides ».
  15. À noter que l'acide sulfurique étant un diacide il ne faut pas oublier le coefficient stœchiométrique égal à deux.
  16. « Simulation d'un dosage de l'éthylènediamine ».

Voir aussi

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