Méthode de Winkler
La méthode de Winkler est un dosage en retour (indirect) de l'oxygène dissous dans l'eau ou en solution aqueuse. Elle doit son nom à Lajos Winkler, qui l'a mise au point en 1888 dans le cadre de sa thèse de doctorat. Le processus de dosage fait appel à trois réactions d'oxydo-réduction distinctes, réalisées d'abord en système fermé, à l'abri de l'oxygène atmosphérique, puis en système ouvert exposé à l'air ambiant. La première réaction est la réduction, dites aussi "fixation", de l'O2 dissout qui se fait d'abord en système fermé en oxydant des ions Mn2+, ajoutés en excès au système, en Mn3+ et/ou Mn4+. En conditions basiques, ces ions de Mn précipitent sous forme d'oxy-hydroxydes de manganèse ("fixation intermédiaire de l'O2 par le Mn"). Ensuite, pour la deuxième réaction, après ouverture du système (mise à l'air et acidification de la solution pour stopper l'oxydation des ions Mn2+ restant en excès), de l'iodure de potassium (KI) est ajouté au système ouvert. Les ions Mn3+ et/ou Mn4+ oxydent alors le KI en I2. Finalement, lors de la troisième et dernière réaction, l'I2 est dosé au thiosulfate de sodium (Na2S2O3). Comme les deux dernières étapes du dosage recourent à deux états d'oxydation de l'iode (I– et I2), la méthode de Winkler est classée parmi les dosages iodométriques. Si l'on tient compte du passage d'un système fermé à un système ouvert et de l'acidification indispensable du système pour bloquer le système redox du manganèse, cela fait quatre étapes distinctes.
Fixation de l'O2 dissout par le manganèse à l'abri de l'air
On dissout, en milieu basique, une quantité suffisante[Combien ?] (donc introduite en excès) de chlorure de manganèse(II) (MnCl2) dans l'eau à doser et on bouche le récipient rempli à ras bord, en veillant à ne pas emprisonner de bulles d'air, de sorte que seul l'oxygène présent dans le récipient est celui qui est déjà dissous dans l'eau. Il se forme d'abord un précipité d'hydroxyde de manganèse(II), Mn(OH)2 de couleur blanc-rose clair.
Le précipité d'hydroxyde de manganèse(II) ne contient initialement que des ions Mn2+ et sa couleur est claire. Une partie des ions Mn2+ s'oxyde en Mn3+ en réagissant avec l'oxygène dissout et le précipité s'enrichit progressivement en Mn(OH)3 de couleur brune. Tout l'oxygène dissous est réduit quantitativement par les ions manganèse(II) ajoutés en excès. La cinétique d'oxydation des ions manganeux présents dans la phase solide du précipité de Mn(OH)2 est lente. La réaction complète prend du temps et nécessite une agitation soutenue durant une trentaine de minutes. Durant cette étape, le système est fermé pour éviter tout contact avec l'oxygène atmosphérique qui fausserait inévitablement la mesure de l'oxygène dissout dans l'eau.
Mise à l'air et acidification du système
En 1888, Wingler ne disposait pas d'équipement sophistiqué lui permettant de travailler en continu en conditions anoxiques ou anaérobies strictes pour réaliser ses expériences à l'abri de l'oxygène de l'air. A défaut d'une boîte à gants anoxique, d'un sac de plastique étanche et ganté balayé en continu à l'azote ou à l'argon, ou de dispositifs de verrerie de laboratoire étanches pouvant être facilement rincés par un flux continu de gaz inerte, à un moment ou à un autre, il lui fallait ouvrir son récipient pour pouvoir continuer son dosage. D'où, l'impérieuse nécessité de ne pas doser l'oxygène gazeux présent dans l'air, ni de continuer à réduire l'oxygène à nouveau dissout dans l'eau, une fois celle-ci ré-exposée à l'air ambiant. Il lui fallait trouver un moyen simple et facile pour arrêter immédiatement l'oxydation du Mn(II) par O2 dès l'ouverture du récipient. L'astuce qu'il a mis en oeuvre a été d'acidifier la solution pour stopper le plus rapidement possible l'oxydation du Mn(II).
Quand on considère[Comment ?] que tout l'oxygène dissous dans l'eau a été réduit et que l'oxydation de la quantité correspondante en ions Mn2+ est complète, et donc que tout l'oxygène dissout a été "fixé par le manganèse", on peut passer d'un système fermé à un système ouvert exposé à l'air ambiant. A cette fin, on transfère sans tarder le liquide et le précipité d'oxy-hydroxyde de manganèse en suspension dans un récipient de plus grand volume et on rajoute immédiatement de l'acide sulfurique concentré pour arrêter toutes les réactions d'oxydation de Mn2+ au contact de l'air ambiant. On évite ainsi également d'autres réactions d'oxydation indésirables vers des nombres d'oxydation plus élevés du Mn et d'éventuelles réactions de disproportionation (dismutation) possible du Mn(III) en Mn(II) et Mn(IV). Le précipité d'hydroxyde de manganèse (solution solide de Mn(II) et Mn(III)) se dissout également en milieu acide et libère en solution des ions Mn2+ et Mn3+.
Oxydation de l'iodure de potassium (KI) par Mn3+ et/ou Mn(IV)
On rajoute ensuite à la solution acide de l'iodure de potassium (KI) en excès. Une partie des ions iodures sont alors oxydés quantitativement par les ions Mn3+ et/ou Mn(IV). La quantité de Mn3+ et/ou de Mn(IV), correspondant à la quantité d'oxygène dissout dans l'eau, réagit donc intégralement avec une fraction des anions iodures et les oxyde en iode moléculaire (I2).
Titrage de I2 par du thiosulfate (S2O32–)
Finalement, la dernière étape consiste à doser le diiode (I2) par du thiosulfate de sodium (Na2S2O3) en présence d'un indicateur coloré : l'empois d'amidon pour déterminer la quantité d'oxygène dissous dans l'eau.
Voir aussi
- Iodométrie (titrage)
- Loi de Henry (solubilité des gaz dissous)
- Oxymètre
- Senseur à oxygène
Références
- Monica Bruckner, « Dissolved Oxygen by the Winkler Method », sur Science Education Resource Center, Carleton College (consulté le )
- Lajos Winkler (trad. Détermination de la teneur en oxygène dissous dans l'eau), « Die Bestimmung des in Wasser Gelösten Sauerstoffes », Berichte der Deutschen Chemischen Gesellschaft, vol. 21, no 2, , p. 2843–2855 (DOI 10.1002/cber.188802102122, lire en ligne)
Bibliographie
- (en) « Winkler test for dissolved oxygen », sur Wikibooks
- Moran, Joseph M.; Morgan, Michael D., & Wiersma, James H. (1980). Introduction to Environmental Science (2nd ed.). W.H. Freeman and Company, New York, NY (ISBN 0-7167-1020-X)
- DIN Method: DEV G-21 – Determination of dissolved oxygen – Iodometric method (DIN EN 25813:1993-01)
- Standard Methods for the Examination of Water and Wastewater, American Public Health Association, , 21e éd. (ISBN 978-0-87553-047-5)
- « Standard Operating Procedure EAP0 23, Version 2.5. Collection and Analysis of Dissolved Oxygen (Winkler Method) », Washington State Department of Ecology,
- Y.C. Wong & C.T. Wong. New Way Chemistry for Hong Kong A-Level Volume 4, p. 248. (ISBN 962-342-535-X)
- (en) Chiya Numako and Izumi Nakai, « XAFS studies of some precipitation and coloration reaction used in analytical chemistry », Physica B: Condensed Matter, vol. 208–209, nos 1–4, , p. 387–388 (DOI 10.1016/0921-4526(94)00706-2, Bibcode 1995PhyB..208..387N)
- Whitney King, "Winkler titrations – measuring dissolved oxygen", Colby at Sea, 11 February 2011, retrieved and archived 11 July 2012.
- Manganese (III) consistently claimed (NB: Gives unbalanced equation for formation of MnO(OH)2). Claims manganese (III) gives manganese (IV) consistently.
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