Acide alpha-hydroxylé

Formule topologique des acides α-, β- et γ-hydroxylés

Les acides α-hydroxylés (ou AHA) sont des acides carboxyliques portant un groupe hydroxyle sur le carbone de la chaîne qui suit immédiatement le carbone porteur du groupe acide carboxylique (le carbone « α ») ; leur formule générale est R1R2-C(OH)-COOH. Des sucres de fruits ou du lait peuvent servir, entre autres sources, de substrat pour les produire. Ils interviennent dans de nombreuses et importantes réactions biochimiques (par exemple le cycle de Krebs) et sont largement présents dans les êtres vivants.

Ils sont notamment utilisés par l'industrie cosmétique. Les acides α-hydroxylés les plus utilisés sont l'acide glycolique et l'acide lactique car ils ont une capacité particulière à pénétrer la peau et permettre un rajeunissement facial au moyen de peelings.

Les cinq types d'acide α-hydroxylés trouvés le plus fréquemment dans l'industrie cosmétique sont :

Nom et source de quelques acides α-hydroxylés
Structure Nom systématique Nom commun Source
acide hydroxyacétique acide glycolique canne à sucre, betterave, raisin
acide 2-hydroxypropanoïque acide lactique lait (latin : lac)
acide 2-hydroxy-1,4-butanedioïque acide malique pomme (latin : malum)
acide 2,3-dihydroxybutanedioïque acide tartrique vin
acide 2-hydroxypropane-1,2,3-tricarboxylique acide citrique citron

Utilisation en dermatologie et cosmétique

Les propriétés kératolytiques des acides α-hydroxylés ont été décrites pour la première fois en 1974 par Van Scott et Yu, qui ont montré leur efficacité dans le traitement topique des troubles de la kératinisation, notamment les ichtyoses[1]. Dix ans plus tard, ces mêmes auteurs ont établi que les AHA diminuent la cohésion intercellulaire des cornéocytes dans le stratum corneum, favorisant ainsi la desquamation et le renouvellement épidermique[2].

Les acides glycolique et lactique, les deux AHA les plus utilisés en cosmétique, sont prisés pour leurs capacités à exfolier la peau et favoriser la régénération cellulaire. Ils participent à l'atténuation des taches pigmentaires et à la réduction des signes de photovieillissement cutané. L'acide glycolique, de faible poids moléculaire, pénètre facilement l'épiderme, ce qui en fait un agent de peeling chimique courant[3].

Acné

Un usage des AHA dans l'acné légère à modérée a été rapporté, notamment en raison de la capacité de l'acide glycolique à désobstruer les follicules pileux[3]. Toutefois, une revue systématique Cochrane de 2020 conclut que le niveau de preuve en faveur des AHA topiques dans l'acné reste faible et que des essais de meilleure qualité méthodologique sont nécessaires[4].

Kératose pilaire

Dans la kératose pilaire, une affection bénigne fréquente caractérisée par une hyperkératose folliculaire, les AHA figurent parmi les traitements topiques recommandés[5]. Un essai clinique randomisé a observé, après douze semaines, une réduction significative des lésions avec l'acide lactique à 10 % comme avec l'acide salicylique à 5 %, l'amélioration étant plus marquée avec l'acide lactique[6]. La kératose pilaire présente un caractère chronique récidivant, avec une aggravation saisonnière hivernale liée à la sécheresse cutanée[7].

Leur utilisation nécessite cependant des précautions : les AHA augmentent la photosensibilité cutanée et peuvent provoquer des irritations, en particulier sur les peaux sensibles. En pratique cosmétique, les préparations à faible concentration (4 à 10 %) constituent l'usage le plus répandu dans les soins quotidiens sans prescription, généralement en association avec une protection solaire[8].

Les AHA sont couramment appelés « acides de fruits » car ils sont naturellement présents dans divers végétaux : l'acide glycolique est extrait de la canne à sucre, l'acide citrique provient des agrumes, l'acide malique est dérivé des pommes et l'acide tartrique se trouve dans les raisins[3].

Notes et références

  1. Van Scott EJ et Yu RJ, « Control of keratinization with alpha-hydroxy acids and related compounds. I. Topical treatment of ichthyotic disorders », Archives of Dermatology, vol. 110, no 4, , p. 586-590 (PMID 4412623, DOI 10.1001/archderm.1974.01630100046011)
  2. Van Scott EJ et Yu RJ, « Hyperkeratinization, corneocyte cohesion, and alpha hydroxy acids », Journal of the American Academy of Dermatology, vol. 11, no 5 Pt 1, , p. 867-879 (PMID 6096420, DOI 10.1016/S0190-9622(84)80466-1)
  3. 1 2 3 Tang SC et Yang JH, « Dual effects of alpha-hydroxy acids on the skin », Molecules, vol. 23, no 4, , p. 863 (PMID 29642579, PMCID PMC6017965, DOI 10.3390/molecules23040863)
  4. (en) Haibo Liu, Haiyan Yu, Jun Xia et al., « Topical azelaic acid, salicylic acid, nicotinamide, sulphur, zinc and fruit acid (alpha-hydroxy acid) for acne », Cochrane Database of Systematic Reviews, no 5, , p. CD011368 (PMID 32356369, PMCID 7193765, DOI 10.1002/14651858.CD011368.pub2)
  5. (en) Anne Beyron, « Keratosis pilaris: a systematic review of the literature and strategies for optimal treatment », European Journal of Dermatology, vol. 35, no 5, , p. 387–393 (PMID 41277649, DOI 10.1684/ejd.2025.4951)
  6. (en) Tanawatt Kootiratrakarn, Kowit Kampirapap et Chakkrapong Chunhasewee, « Epidermal Permeability Barrier in the Treatment of Keratosis Pilaris », Dermatology Research and Practice, vol. 2015, , p. 205012 (PMID 25802513, PMCID 4354723, DOI 10.1155/2015/205012)
  7. (no) Jakob Lillemoen Drivenes, Ileana Codruta Vasilescu et Anette Bygum, « Keratosis pilaris », Tidsskrift for Den norske legeforening, vol. 143, no 5, (PMID 36987905, DOI 10.4045/tidsskr.22.0513)
  8. Kornhauser A, Coelho SG et Hearing VJ, « Applications of hydroxy acids: classification, mechanisms, and photoactivity », Clinical, Cosmetic and Investigational Dermatology, vol. 3, , p. 135-142 (PMID 21437068, PMCID PMC3047947, DOI 10.2147/CCID.S9042)
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